Voyage : et si on passait en mode slow…

Photo de Valeriia Miller sur Pexels.com

Il y a un bon moment que je réfléchis à un article sur le slow travel. Pour les non anglophones, on pourrait traduire ça par voyage lent… Je sais, ça sonne un peu comme un contresens mais en ce moment, l’oxymore semble-t-il est à la mode…

Je tourne, je retourne, j’écris, je réécris, dans mon carnet avec mon stylo de l’ancien temps (traduire un stylo à plume) comme disent les schtroumpfs (sales gosses !!!) avant de taper la bonne version. Bref, comme certains voyages, l’article était dans le tiroir depuis quelques temps, attendant de mûrir un peu.

La vie de tous les jours et son rythme à 100 l’heure, malgré une furieuse envie de ralentir m’empêchaient de me poser et de remanier cet article qui me tient vraiment à coeur. Et puis est arrivée une micro bébête qui a mis tout le monde à l’arrêt et qui nous oblige tous à lever le pied de nos existences de dingues. Ayant à présent, sur mon canapé, à peu près le même rythme cardiaque qu’un paresseux léthargique (j’adore les paresseux, ils ont tout compris au slow travel, eux), j’ai enfin le temps de peaufiner le bébé…

Comment on arrive là ?

Pendant de nombreuses années, je considérais que les vacances n’étaient réussies que si elles ressemblaient à une entrainement pour le Marseille-Cassis. Longuement préparées à l’avance, planifiées au 1/4 de seconde près. Il s’agissait d’en faire / voir le plus possible et souvent en peu de temps. On aurait sûrement jamais l’occasion de refaire le voyage alors il fallait tout faire dans l’urgence. Résultat : tension, fatigue, frustration, crise de pleurs de schtroumphs fatigués, déception et sentiment de vacances râtées… Au lieu d’être des parenthèses qui permettaient de se reposer, elles n’étaient au final que la continuité de la course du quotidien.

Carl Honoré - Eloge de la lenteur.

Et puis un jour, au fil de mes lectures, je suis tombée sur un livre qui a changé mon rapport au temps, pendant les vacances mais aussi dans la vie quotidienne. A l’époque du toujours plus vite, L’éloge de la lenteur, de Carl Honoré est un petit saumon qui nage à contre courant… Tu noteras qu’aujourd’hui, je suis dans la métaphore animalière… C’est un petit bouquin qui coûte une misère, mais ce sont peut être les 3,50 € les mieux investis de ces dernières années. Si tu ne l’a pas sous le coude et que tu t’y intéresses quand même, il a aussi fait une super conférence TED. C’est plus rapide que le livre mais le gros de l’idée est là…

Son questionnement est le suivant : si on ralentissait, qu’est ce qu’on y gagnerait ? À l’heure où Netflix nous propose de regarder nos séries préférées en accéléré pour en voir toujours plus. Il nous amène donc avec lui faire le tour des différents aspects de notre vie quotidien à travers les figures du mouvement Slow. Tout y passe, de l’aménagement urbain, à la cuisine en passant par le travail et l’amour. J’aime assez l’idée de l’adapter au tourisme… Mais comment faire quand, comme nous tes journées devraient durer 48h et que tu n’es pas un adepte du farniente ?

Le slow-living comme mode de vie

Il y a quelques temps, lorsque je racontais mes journées à ma mère le soir au téléphone, je me donnais le tournis toute seule. Et cours à droite, et cours à gauche et fais vite ci, et fais vite ça et termine ça en urgence, et me**e la deadline est dépassée, c’est quand la dead-dead line ? Je sens que tu connais ce sentiment…

Quand je me couchais le soir, j’avais l’impression que mes jambes et mon cerveau continuaient à courir seuls sans arriver à s’arrêter… C’est là que je me suis rendu compte que la seule vraie urgence dans ce quotidien qui finissait par me dépasser, c’était celle de ralentir. Mais comment faire ?

Faire le point sur les priorités

J’admire les gens organisés qui arrivent à tout gérer, en ce qui me concerne, au quotidien, je suis un vrai bazar… Dans le sketch des « Mamans calmes » de Florence Foresti, j’aurais plutôt tendance à être l’autre, celle qui arrive les cheveux en vrac, pas maquillée, en baskets et dépose les enfants en cata…

Mais il arrive un moment où prendre le temps de se poser, pour faire le point sur ce qui est important, ce qui ne l’est pas et surtout ne pas transiger sur ce qui est prioritaire pour toi devient LA priorité de toutes les priorités si tu veux ralentir. Miracle Morning, bullet journal, blog sur le thème du slow-living, internet regorge d’astuces pour t’aider à ralentir et à mettre un peu de hygge dans ta vie. Reste plus qu’à trouver celle qui t’inspire…

Accepter que tout ne soit pas parfait

Alors ça… Pour quelqu’un d’hyper perfectionniste, c’est peut être le plus difficile… Laisser de la place à l’imprévu et arrêter de vivre dans la frustration de ta maison que tu n’arrives pas à ranger et qui ne ressemble pas à ton tableau pinterest d’inspiration déco, de ton plat qui ne ressemble pas à la photo du livre de recette… C’était de l’ordre du surréaliste…

Et puis un jour, tu tombes sur LE Mantra, la phrase que tu voudrais voir écrite sur tous les murs… « C’est le bordel, mais c’est pas grave ». Elle n’est pas de moi, elle est tirée de La sagesse espiègle d’Alexandre Jollien mais il a tellement raison, au final, est-ce vraiment grave ? Il parait que les gens bordéliques sont plus créatifs… Tu sens la nana qui essaie de te convaincre que le bordel a du bon… Bientôt, elle va citer Einstein et son sens naturel de l’ordre pour justifier le fait qu’elle n’arrive à rien retrouver dans le bazar de son bureau…

Et si on laissait notre vie aller un peu comme on laisse vivre un jardin en permaculture ? Car au final, en permaculture, les déséquilibres finissent toujours par se rétablir en laissant faire le temps et la nature.

Être au clair avec son rythme

Ralentir ne signifie pas être à l’arrêt complet, hein. Pour moi ralentir c’est savoir lever le pied quand il faut, respecter les limites de vitesse et les indices qui t’invitent à appuyer délicatement sur le frein quand c’est nécessaire, sans piler n’est-ce pas ?

Dans l’éloge de la lenteur, Carl Honoré, dédie tout un passage sur la vitesse au volant et ce qu’elle nous fait gagner sur le long terme… Au final c’est dérisoire comparé aux risques que l’on encourt. À foncer la tête dans le guidon, on finit par ne plus voir le paysage et à fonctionner comme des robots.

Plus loin, il nous parle aussi de la nécessité de se ménager de vrais moments de pause pour rester productif, car c’est souvent dans ces moments de déconnexion que viennent les éclairs de génie… Pense à Newton et à sa pomme…

Bref, être au clair avec son rythme c’est accepter avec bienveillance que l’on a tous des moments où l’on pourrait déplacer des montagnes et d’autres où l’on a juste besoin de se retrouver dans sa grotte et apprendre à mettre à profit chacun de ces moments pour avancer ou au contraire reprendre les forces nécessaires pour repartir.

Et en voyage, ça donne quoi alors ?

Bon c’est bien joli tout ça, au quotidien, c’est déjà un chantier à mettre en place. Mais en voyage alors ? Et bien justement, c’est peut être plus simple de le tester à l’essai sur une période courte avant de commencer à le mettre en place dans la vie de tous les jours…

Faire le point sur les priorités

Avant de partir, si tu veux voyager à ton rythme, il est indispensable de faire un point sur les incontournables des uns et des autres (visite, bar, restos, expériences…). Lister les coups de coeur de chacun permet de voir quels vont être les temps forts de toute la famille. Certains seront peut-être partagés, se combiner, d’autres seront peut-être individuels, peu importe. Connaître les envies de chacun permettra aussi d’éviter les frustrations et les « J’avais trop envie de faire ça et au final on l’a pas fait ».

Bien sûr, mieux vaut éviter d’avoir une liste d’envie longue comme le bras avec des lieux situés aux quatre coins de la ville. Sinon, on retombe dans les travers dont il était question au départ et on repart sur des vacances marathon. Prévoir une à deux visites par jours selon le temps à dispo et laisser de la place à l’imprévu…

Accepter que tout ne soit pas parfait

Wouaw cette transition de malade… Bon tu l’as compris, une fois sur place, l’idée c’est de suivre le mood du moment et accepter le fait que tout ne soit pas parfait.

Il y aura toujours du mauvais temps, trop de monde, de la fatigue, ça fait partie du jeu alors au lieu de pester contre les douze millions de personnes qui ont eu la même idée que toi au même moment, fais comme le saumon, voyage à contre courant… Renseigne-toi sur les horaires d’affluence dans les musées et sur les différents sites et profite des heures creuses pour visiter et des heures de pointe pour te poser, prendre un café, te balader dans un parc, laisser les enfants se dégourdir les pattes et se faire des copains, discuter avec des gens. Pour nous, c’est aussi ça le sel du voyage…

Combien de fois, la rencontre impromptue, le truc surréaliste t’est arrivé en voyage au moment où jamais tu ne l’aurais cru ? Chez nous ça arrive tout le temps :

  • Trouver la petite boutique super top au milieu d’une ruelle perdue
  • Retourner voir des hôtes que l’on a adoré et faire un détour de 200 km en Finlande parce que wanderlustschtroumpf n°1 a oublié chez eux son seul blouson, qu’il fait 10 degrés dehors et repartir avec presque un kilo de myrtilles gentiment offertes et passer ta soirée à faire de la confiture au Pôle Nord pour pas gâcher parce que c’est pêché
  • Pousser la porte d’une casa de cultura a Cuba et se retrouver à danser avec un groupe de jeunes une rueda endiablée

On pourrait tenir la liste comme ça longtemps. Les meilleurs souvenirs arrivent souvent quand et là où tu ne les attends pas… Des anecdotes comme ça on en a à la pelle depuis qu’on laisse venir à nous les choses…

Être au clair avec son rythme et avec ses envies…

Bon le tien, celui de ta famille, mais aussi celui de l’endroit qui t’accueille parce que si tu as l’intention d’aller te coucher à 21h00 en vacances l’été à Ibiza, ça risque d’être compliqué…

Quand tu es le deux millionième touriste croisé dans la journée dans une ville déjà surchargée, il est clair que les habitants ont à la fois, moins le temps et moins l’envie de t’accueillir car ils ne se sentent plus chez eux. Vois le nombre de villes qui s’élèvent contre le tourisme de masse alors que pour elles c’est le revenu d’activité principal.

Il est clair que si tu as envie de calme et de solitude, prendre les itinéraires bis et voyager hors saison sont des options à envisager aussi bien pour ta tranquillité que pour ton portefeuille. Si tu manques d’inspiration pour choisir ta destination, tu peux toujours aller jeter un coup d’oeil sur le site des cittàslow.

Au delà des heures creuses dont je te parlais tout à l’heure, profite des moments où toute la famille se sent bien pour visiter et des coups de mou pour vous poser. Rien n’interdit dans ces cas-là si certains sont encore d’attaque de faire des groupes, ce sera autant de choses à se raconter en se retrouvant le soir à table.

Voyager slow, c’est aussi choisir sa destination et son moyen de transport en conséquence.

On le voit depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, désertés par les touristes, les canaux de Venise reprennent vie. Les poissons renaissent, les oiseaux se remettent à barboter au pied des gondoles à l’arrêt. Les Vénitiens se réapproprient leur ville.

A force de toujours vouloir en voir plus et plus vite, on met en danger les merveilles que l’on souhaite admirer. Venise n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Voyager slow, c’est aussi s’interroger sur ce qui fait le sens du voyage pour chacun de nous. Et si au final, ce n’était pas tant bouffer des kilomètres pour se retrouver à l’autre bout de la terre en une journée quand pour nos grands parents, une telle aventure prenait dans le meilleur des cas plusieurs semaines, que de se mettre en chemin ? Et si voyager slow, c’était se poser et essayer de voyager plus éthiquement, en respectant l’environnement et en faisant travailler les petits commerces locaux, participer à la vie d’un village ou d’un quartier ? Et si c’était être moins un touriste et plus un visiteur, quelqu’un qui n’est que de passage mais qu’on prendra plaisir à revoir si l’occasion se présente ?

On peut voyager slow de 1001 façons, à pieds, comme le pèlerin de Compostelle, à vélo, à dos d’âne comme Stevenson, en mobylette comme le Che, en camping-car comme Ivan Jablonka (il faudra que je vous parle de ce livre un de ces quatre, je l’ai adoré) en train (avec un pass Interrail, tu peux aussi aller jeter un coup d’oeil au guide Slow train, il est top)… Tous les moyens sont bons si tu prends le temps de réfléchir à tes motivations et à leurs conséquences sur le lieu que tu visites et de t’accorder des moments pour souffler vraiment, et d’offrir à ton âme ce qu’elle est vraiment venue chercher au bout de ce voyage.

Reste plus qu’à trouver la tienne et te mettre en route avec ta mauvaise troupe 😉

À bientôt 😉

Publié par wanderlustmum13

Passionnée de voyage et de littérature, je vous propose de suivre les aventures de notre famille vadrouilleuse 🚲🚖 🚞🌎🌍🌏 🛺🚗✈️

3 commentaires sur « Voyage : et si on passait en mode slow… »

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