En route pour Cuba – ép. 4 : de La Havane à Remedios

Des kilomètres, un lieu mythique et une soirée improbable…

Voilà, ça y est on est prêt à quitter le presse citron de La Havane pour aller retrouver un peu de jus à Trinidad. La distance entre les deux villes n’est pas énorme, mais ce sont beaucoup de petites routes alors, l’équipe de Malecòn 663, nous a prévu une petite étape à Remedios avec en prime, un arrêt à Santa Clara pour saluer el Comandante.

Samedi 13 avril

Dernier petit déjeûner à Malecòn 663. On prend des forces pour cette longue journée de voiture, puis on salue G. qui n’a de cesse de bisouiller les garçons qui ne demandent pas mieux. Vers 10h00, la voiture arrive et on retrouve C. le chauffeur qui nous a conduit à Viñales et notre super voiture de ministre qui entre temps a pris un petit coup de jeune. À Cuba, les voitures sont certes des pièces de musée, mais à part leur carrosserie, certaines n’ont plus grand chose d’origine.

On quitte rapidement la ville pour la autopista nacional en direction de Santa Clara. Ce soir nous dormirons à Remedios, une petite ville de la province de Villa Clara à 3h00 de la capitale. C., toujours aux petits soins, recueille nos impressions sur La Havane, pas plus étonné que ça.

Avec wanderlustdad, ils débrieffent notre visite à Regla. Il nous parle de son orisha, Elegua, associé dans la Regla de Ocha à Saint Antoine de Padoue ou au Saint enfant d’Atocha, avec ses couleurs le rouge et le noir (mais pas comme chez Stendhal, n’est-ce pas ?), il protège le voyageur, celui qui est en chemin, il est le messager. Pour lui qui est toujours sur la route, ça tombe à pic. Peut être serait-il notre protecteur à nous aussi, la wanderlust family ? On est assez curieux de tout ça avec wanderlustdad, car la musique et la danse sont au centre des cérémonies religieuses, et ce sont elles qui ont donné naissance à la rumba et plus tard à la salsa. Alors, Elegua, Chango, Yemaya… nous on les a dans les oreilles depuis un bail et on est ravis de faire leur connaissance d’un peu plus prêt…

En recherchant, un bon vieux morceau de salsa dédié aux orishas sur youtube, pour t’illustrer mon propos, je viens de tomber sur ça… C’est un peu différent de ce que je cherchais mais c’est une pure merveille de douceur, une découverte à creuser et qui va très bien avec le climat de douceur qui règne dans la voiture pendant que les petits essaient de retrouver des formes dans les nuages, que l’on observe à perte de vue les champs de canne à sucre et que l’on s’arrête pour aider un autre taxi en panne sur le bord de la route.

Mais comme chez nous c’est un peu comme en boite, deux salles deux ambiance, je te laisse aussi avec l’un des morceaux chouchous de wanderlustdad, dans sa version vintage (laissons tomber celle de Marc Anthony, l’ex M. Jennifer Lopez…), Hector Lavoe et Willie Colon c’est quand même plus la classe !!!

Bon c’est pas tout ça, mais parler ça creuse un petit peu. On s’arrête au Ranchon Te Quedaras, un petit restaurant au bord de l’autoroute pour une pause pipi, casse croûte. C. nous fait goûter aux galetas caseras cubaines, de petits biscuits salés. C’est super bon !!! En fond sonore, un monsieur joue de la guitare. Sur le parking, un bus sans âge s’arrête, il est peut-être aussi vieux que les vieilles américaines que l’on a pu prendre comme taxi. C. nous dit que c’est un bus pour les cubains, une espèce de taxi collectif géant, sans clim, dont les gens sortent en agitant des éventails plus vite qu’Usein Bolt court un 100 mètres… On a beau être sur l’île depuis une semaine, mais j’ai encore beaucoup de mal à me faire à cette différence de statut entre touristes et locaux, et je pense que je ne m’y ferai pas du tout…

On reprend la route en direction de Santa Clara, car qui dit voyage à Cuba, dit aussi visite au Mémorial du Che. Que le personnage nous soit sympathique ou pas, il n’en reste pas moins ici une figure de la Révolution l’un des pères de la patrie avec Fidel Castro et Camillo Cienfuegos et plus de 50 ans, le mythe reste entier. L’icône de la photo d’Alberto Korda est omniprésente, et en fait l’un des souvenirs à ramener de l’île. L’arrêt devant le mémorial sera bref, wanderlustminischtroumpf dort et wanderlustgrandschtroumpf s’en bat le derrière de l’oreille avec une chaussette… Ils sont encore un peu petits pour s’intéresser à tout ça, même si ils nous questionnent fréquemment sur ces messieurs dont on retrouve le portait partout. Il fait très chaud lorsque l’on sort de la voiture.

Le Mémorial impressionne, par son architecture brute, ses bas-reliefs et sa monumentale statue du Che. Hommage y est rendu aux morts de la bataille de Santa Clara, tournant de la révolution. À ce moment là, le Che n’est déjà plus le médecin idéaliste qui traversait l’Amérique Latine à bord de la Poderosa dont j’admirais adolescente les Carnets de voyage (et la version cinématographique avec Gael Garcia Bernal) mais il n’est pas encore le boucher de la Cabaña. Certains trouvent que les dernières photos du Che après sa mort en Bolivie, lui donnent un air de Christ. Une chose est sure, ici on en a fait un saint. Ici, pas une trace du côté obscur du personnage, comme dirait l’autre ici il ne reste que la clarté… On remonte dans la voiture et on reprend la route en direction de Remedios ¡ Hasta Siempre Comandante !

La route vers Remedios devient moins fréquentée. Il faut dire que la ville n’est pas bien grande et que la période des Parrandas, fin décembre, qui lui valent sa renommée est terminée depuis longtemps et les fêtes de la Saint Jean ne sont qu’au mois de juin. Nous sommes donc en pleine période creuse. Nous découvrons donc une petite ville tranquille, à l’architecture coloniale, avec sa grand place, son église, ses arcades. Je suis franchement désolée pour la luminosité des photos qui est vraiment toute pourrite, comme dirait mon fils, mais tu la vois la belle averse tropicale qui se prépare ?

Cette ville, elle me donne l’impression de débarquer dans un décor de cinéma, un décor de western des années 50. On pourrait s’attendre à voir Zorro surgir sur son cheval à chaque coin de rue. Dans les ruelles, les joueurs de dominos ont sorti des tables et les voix montent… Les rues de Remedios ont des accents de partie de cartes de Pagnol, l’histoire est toujours la même où que l’on se trouve. Quand on joue, c’est du sérieux…

Le tour de cette charmante ville est tout de même vite fait, d’autant qu’il commence à pleuvoir. Comme à Cayo Levisa, lorsqu’il se met à pleuvoir, ce n’est pas pour rire. La gardienne de la Casa de la Cultura nous propose de venir nous abriter à l’intérieur. A. est une toute petite dame d’une cinquantaine d’année pleine d’énergie et toute dévouée à son travail. Elle nous fait visiter le bâtiment et nous présente les activités qui s’y conduisent, tout ce qui s’y fait pour les enfants, elles nous montre les photos des spectacles et les réalisations des petits et des grands. Il nous viendrait difficilement à l’idée de pousser spontanément la porte de l’un de ces établissements, qui ressemble à nos MJC et pourtant, la visite, bien entendu, tout en espagnol est très riche culturellement. D’autant qu’elle nous offre une alternative à la soirée que nous imaginions déjà assez morne, coincés par le mauvais temps dans la chambre de notre casa. Ce soir à la casa de Cultura, se tient un concert de musique traditionnelle… Ça ne coûte de revenir voir plus tard.

En attendant, on rentre donc à la casa qui va nous héberger pour la nuit. On est assez loin des atmosphères cosy et agréables que l’on a connu au début du séjour. Je continue ma métaphore cinématographique ici, point de Zorro mais un décor de telenovela kitsch à souhait avec une hôtesse qui vous sert une soupe à la grimace en guise de bienvenue. Pas besoin de lui faire de la mauvaise pub en affichant le nom de l’établissement, des casas à Remedios y en a pas 36 et il n’y en a qu’une où les avis comparent la patronne à Soeur Sourire… On fait assez peu cas des commentaires quand on va sur tripadvisor d’ordinaire mais là, force est de constater que l’on se retrouve face à une matronne échappée des Feux de l’amour, toute fière de montrer toute sa collection d’argenterie et de vaisselle… Quand wanderlustdad, toujours prems à mettre les pieds dans le plat, lui a demandé si l’entrée était un musée, elle a failli le mordre… D’autant plus qu’on l’a achevée en lui disant que l’on préfèrerait manger dehors et pas dans son salon XVIIIè. Tu parles avec nos deux bébés éléphants je n’aurai pas donné cher de son magasin de porcelaine. J’aurais passé tout le repas en apnée. On sort donc manger des sandwichs sur la place et boire un petit coup à la Taberna de los 7 Juanes en attendant l’heure du concert…

A. nous a gardé des places tout devant, elle est vraiment trop chou. Nous, on lui a ramené tout le matériel scolaire que l’on avait amené dans notre valise dans l’hypothèse où l’on irait visiter une école. Avec elle, il sera entre de bonnes mains. Si pendant votre séjour à Cuba vous avez l’occasion de passer par Remedios, n’hésitez pas une seconde à aller la voir à la casa de Cultura. C’est un personnage ! Le concert commence à peu prêt à l’heure… Moyenne d’âge de la salle ? au-dessus de 60 ans… Mais ils sont mignons ces papis et mamis nostalgiques qui reprennent en choeur les boleros de leur jeunesse les yeux plein de souvenirs… Certains s’endorment aussi sur la balustrade, signe que le marchand de sable n’est pas loin de passer, d’autres ne peuvent s’empêcher de danser sur leurs chaises ou dans des petits coins. C’est le cas de A. qui ne tient tellement plus qu’elle vient inviter wanderlustdad…

Il lui avait promis une danse, impossible de se dérober. La chanteuse démarre un classique de Gilberto Santa Rosa quand elle vient le chercher. La vidéo de ce moment est un dossier classé secret défense, mais je peux t’en faire un petit résumé. Il joue les stars sur la piste avec une A. en folie, la moitié des spectateurs a sorti son portable pour filmer ce drôle de touriste à casquette, il a dû finir sur fesse de bouc c’est sûr ! Les moments comme celui-ci me laissent rêveuse… C’est tellement improbable. L’après-midi tu t’abrites sous un porche pour éviter de finir trempé comme une soupe et le soir tu finis par danser avec des gens que tu ne connaissais pas le matin même et que tu ne reverras jamais. La magie de la musique et des vacances !!!

À la fin du concert, on nous présente L. petite mamie, octogénaire, qui félicite wanderlustdad pour son déhanché alors que je l’ai vue danser sur de la rumba avec le charme toujours intact de ses 20 ans. Laisse tomber, moi je signe avec les mains, les pieds et même les trous de nez pour danser comme elle a son âge. Elle était tellement belle ! Légère ! Gracieuse ! J’ai toujours eu une affection particulière pour les visages marqués par le temps. J’ai passé nombreuses de mes vacances d’adolescente dans le Sud Italie à sillonner des villages perdus dans les montagnes à la recherche de ces petites mamies que l’on voit sur les cartes postales. J’en ai fait de nombreux portraits. Ce soir, mon appareil photo est resté à la casa, je suis dégoûtée, j’aurais tellement aimé ajouter la douceur du sourire et le swing de cette Mémé Rumbera à ma galerie. Tant pis de toutes façon, elle est gravée dans ma mémoire.

Cette nouvelle soirée, complètement improvisée a été totalement surréaliste, fera partie de nos meilleurs souvenirs de Cuba, de ces belles rencontres qui rendent les voyages uniques. On va donc se coucher tous un peu euphoriques.

Demain nous mettrons le cap sur Trinidad pour trois jours immergés entre nature et culture.

À bientôt 😉

En route pour Cuba – épisode 3 : La Havane

La Havane… ENFIN !!!

Me voilà de retour pour un article que j’ai eu un peu de mal à écrire, pour plusieurs raisons je pense. La première, c’est que nous avons passé 4 jours et 3 nuits à La Havane, et ça en fait des choses à raconter. La deuxième, c’est que je préfère écrire sur ce que j’aime et La Havane, alors que j’en rêvais depuis des années, m’a laissée un souvenir plutôt mitigé. Je te laisse découvrir ça après.

(Voix off de série télé on) Précédemment dans « En route pour Cuba »… (Voix off de série télé off)

Nous avons essuyé une tempête tropicale sur Cayo Levisa, île-hôtel qui a été loin pour nous d’être à la hauteur du rêve qu’on nous avait vendu. Nous avons finalement, après un suspense digne des pires blockbuster catastrophe américain, pu retrouver avec soulagement la terre ferme et nos hôtes merveilleux pour une fin d’après midi mémorable et un repas gargantuesque. Je t’avais laissé alors que nous allions nous coucher avec des étoiles plein les yeux après une soirée magique au clair de lune de Palma Rubia.

Mercredi 10 avril

Après une bonne nuit de sommeil, nous sommes réveillés tôt par le soleil qui passe à travers les persiennes. On finit de boucler les valises et de régler quelques affaires avant d’aller petit déjeuner. Là encore, nous avons été plus que gâtés. La table est pleine, et pour ce dernier repas chez eux, O. et Y. ont tenu à ce qu’ils soit mémorable. On ne boude pas notre plaisir de pouvoir manger des ananas et des mangues qui ont nettement plus de goût que ce que l’on trouve toute l’année chez nous, le frère de O. nous fait aussi découvrir el fruto del dragon, un fruit exotique énorme et plein de piquants que l’on utilise pour les glaces et les jus de fruits. Oreja, le chien est toujours en bonne place au cas où quelque chose finisse par tomber.

On est tous vraiment triste de quitter cet endroit, les garçons s’y sont faits des copains et nous, on s’y sent vraiment bien, mais il est temps de commencer à se dire au revoir. Le taxi va bientôt arriver. On prend quelques photos souvenirs, on échange des contacts pour prolonger la magie de cette rencontre, les garçons laissent quelques petits cadeaux à leurs copains et en retour, O. nous tend un énorme sachet avec les mangues du jardin pour que l’on pense à eux pendant le reste du voyage. C’est tellement gentil !

C’est donc l’oeil un peu humide qu’après de nouvelles embrassades, on charge la voiture et on monte dans le taxi. On en a à peu près pour 2h00 de route pour arriver à la Havane, la majeure partie sur des routes de campagnes. On croise tout de même quelques petites villes. Bahia Onda s’agite dans tous les sens, on y croise des écoliers en uniformes, des jeunes qui jouent sur le terrain de base-ball, des anciens qui vendent sur le pas de leur porte, des mamas qui font des courses. L’ambiance a l’air drôlement chouette, les animaux sont en liberté et un cochon n’a rien de mieux à faire que tenter de se suicider sous les roues de la voiture… C’est vraiment sympa de passer par les itinéraires bis. À la sortie de la ville, on roule pendant des kilomètres au milieu de la végétation, quelques bohios, les cabanes traditionnelles, avec leurs rockings chairs.

À un embranchement B., notre chauffeur prend la route de Las Terrazas. Sacrifié, on le sait désormais à tort, sur l’autel de Cayo Levisa, nous avions fait une croix sur l’éco-village de las Terrazas. Ce sera avec El Nicho, l’un de mes plus grands regrets. On n’en avait pas parlé dans la voiture, mais quand il tire le frein à main pour aller faire une pause pipi au bar du village, je suis joie !!! Même si on a pas le temps de faire une randonnée ou de visiter le musée du regretté Polo Montañez, on a au moins le temps de se remplir les yeux avec cette verdure.

Au bar, un groupe joue le X-ième Chan Chan du séjour, à croire que leur CD du Buena Vista Social Club est resté bloqué en mode repeat one, sur cette chanson. Moi, dans ma bulle, je voyage dans le temps, les copains me rejoignent et c’est celle-ci que j’entends…

3 cafés et deux sodas cubains plus tard, on reprend la route vers La Havane. On quitte bientôt la verdure de Las Terrazas pour rejoindre la autopista nacional. B. nous raconte un peu sa vie, c’est l’avantage de parler espagnol. Il nous raconte qu’il a tenté l’aventure à l’étranger, et qu’il y serait bien resté si il n’avait pas dû rentrer s’occuper de ses parents. Là encore, il nous raconte à demi-mots le côté obscur de l’île, les interdictions pesant sur la population quand les touristes ont tous les droits, les monopoles d’état sur la viande de boeuf et sur la langouste qui peuvent amener en prison l’agriculteur ou le pêcheur qui oserait détourner pour sa consommation personnelle le fruit de son travail ou de sa pêche… Bref, nous on continuera à manger du poisson ou du poulet…

C’est sur ces considérations que le Che nous salue Plaza de la Revoluciòn et que l’on arrive à proximité du Malecòn. Notre casa, est dans Centro Habana, avec vue directe sur le front de mer. Un pélican nous accueille sur le muret, comme pour nous souhaiter la bienvenue. C’est quand même plus classe que les mouettes du Vieux-Port… Nous saluons B. et arrivons déposons nos valises dans le hall de la casa. Ici, c’est une autre ambiance.

Malecòn 663 est une casa très particulière, très impliquée dans le milieu artistique de la capitale. Pendant notre séjour, elle accueille d’ailleurs une installation de la Biennale d’art contemporain de La Havane et des soirées. Elle a été ouverte il y a assez peu de temps, dans un vieil immeuble de la façade maritime entièrement renové, on y trouve un peu de wi-fi, une décoration vraiment soignée dans le moindre détail et un rooftop avec une vue à couper le souffle sur le Malecòn. Pas que cela nous ait manqué mais cela nous permet d’appeler nos familles qui n’ont de nos nouvelles depuis le début du séjour que par SMS. Nous sommes pris en charge par K., un petit bout de jeune fille, d’une douceur digne d’un bonbon. Elle nous fait visiter notre chambre, pendant trois nuits, le séjour à La Havane s’annonce sous le signe de la Dolce Vita… Mon jukebox intérieur appelle Camilla Caballo à travers la voix de Madilyn Bailey…

Jusqu’à ce que je sente une grande démangeaison sur mes jambes et que je baisse les yeux… HORREUR !!! Le karma est de retour ! On dirait que j’ai la varicelle ! Des pustules de partout qui grattent comme jamais !!! Dans l’article précédent, je vous racontais comment je m’étais régalée à jouer les petites sirènes sur la plage alors que le mauvais temps se levait… Moment rêvé pour les puces de plage pour faire leur entrée… Donc, voilà, c’est cool, je ressemble à Madame Mim à la fin de sa battle avec Merlin dans Merlin l’Enchanteur. On pourrait jouer au morpion sur mes jambes, que je m’arracherais tellement j’ai mal, et il faut faire avec les moyens du bord avec les médicaments que l’on a porté… Deuxième effet kiss-cool !!! Parfait ! Heureusement, je suis la seule à avoir été attaquée, les garçons se portent bien, mais je peux dire adieux aux shorts et aux petites robes (c’est ballot, il n’y avait à peu près que ça dans ma valise !!!)

Finalement, après une lessive, un grignotage et une petite sieste afin de faire passer le gros de la chaleur du début d’après, on part à la découverte de la ville, un peu à l’aveuglette et à pieds. Un clocher se détache au dessus des habitations à quelques pâtés de maisons de la casa. Après tout, pourquoi pas, le centre ville peut attendre. On remonte donc une petite rue bordée de petits immeubles délabrés avant d’arriver sur l’avenue Simon Bolivar. Le clocher qui, sans que nous ayons regardé la carte, nous a appelé, un peu comme un phare appelle les marins, c’est celui de la Iglesia de San Ignacio. Hasard ou coïncidence, nos pas en voyage nous amènent souvent dans des édifices consacrées à ce saint… Dans cette église néo-gothique du début du XXè siècle se croisent catholiques et pratiquants de la santerìa, tout de blanc vêtus. Le calme de l’intérieur de l’église contraste avec le bruit de la rue.

En sortant de l’église, on prend la direction du centre en descendant la calle Salud. Le nom de cette rue, me parle, il sonne comme familier. Mais oui, bien sûr, c’est le titre de l’un des derniers albums de Compay Segundo. De ceux que j’ai écouté jusqu’à le connaître par coeur, jusqu’aux transitions entre les morceaux. Il y règne une ambiance de ville du Sud, de l’Europe, de la musique, tout le temps, des gens dehors, des étals. Mais l’atmosphère suranée des titres de Compay Segundo est en passe de laisser sa place dans la Calle Salud. Le linge pend toujours aux fenêtres, on prie toujours les orishas devant des autels domestiques, on roule toujours quelques cigares sur le pas de sa porte, mais on surfe aussi sur la vaguelette du wi-fi qui passe légèrement dans la rue et les basses du reggaeton de Gente de Zona est en train de remplacer le son du tres.

Rien de tel que la flânerie pour prendre le pouls d’une ville. Et La Havane, pulse, elle bouge tout le temps. Les quartiers que l’on traverse ne sont pas des quartiers à touristes. Dans les églises que l’on visite, des familles viennent présenter leurs nouveaux nés, ou allumer des cierges… On assiste à des scènes du quotidien, à ces attroupements près des places pour trouver un spot de wi-fi. On traverse Dragones et le quartier chinois avant de se retrouver devant le Capitole, ses grands hôtels et sa concentration de voitures anciennes qui te vendent la visite de la ville en vieille américaine.

Si jusqu’à présent, nous avions été assez peu sollicités. En moins de 5 minutes, on nous a proposé de visiter Habana Vieja, en taxi, en calèche, en vieille américaine, en coco-taxi, en bici-taxi, il manquerait plus que la balade à dos d’âne et on aurait fait la quine et le carton plein. On nous a proposé d’aller manger des tapas alors que c’est l’heure du goûter et de goûter à trois endroits différents au meilleur mojito de La Havane. Aurait-on le mot pigeon subitement tatoué sur le front ? Devant la vitrine du Floridita, je ne peux m’empêcher de vérifier. Je frotte pour faire partir toute trace potentielle, sait-on jamais…

Ici a englouti des doses et des doses d’alcool le grand Ernest Hemingway. Il tenait tellement bien le comptoir que quand il a quitté l’île, une statue a été posée à sa place, juste à côté du barman. Ici c’est le temple du Daïquiri. Alors je veux bien te croire sur parole mon Ernest, j’aurais pu l’aimer tel que tu l’as connu mais aujourd’hui c’est surtout une usine à touristes, une machine à fourguer du Daïquiri à flots à toute heure de la journée et à encaisser des CUC par brassées parce que « Ernest was here »… Quelle tristesse, tu es devenu un vulgaire élément de marketing… Il est l’heure du goûter et il n’y pas l’ombre d’une place, on fait donc comme les petites marionnettes, trois petits tours et on s’en va…

Il fait tout de même très chaud, alors que l’on met le cap sur Calle Obispo, on trouve un petit glacier où l’on peut payer en monnaie nationale. Le choix des parfums est sommaire mais c’est bien suffisant pour rafraichir toute la famille.

Calle Obispo est une rue commerçante, avec toutes ses couleurs et ses groupes qui jouent dans tous les bars, je te laisse deviner quoi… C’est un endroit où se mixent cubains et touristes. On y trouve un petit marché d’artisanat, des bouquinistes et vendeurs d’affiches en tous genres. La sérigraphie est un art très répandu à La Havane. Coté bouquins par contre, pas de quoi faire des folies. Juste les quelques publications autorisées par l’Etat.

À la recherche d’une affiche pour notre séjour, on tombe sur une sérigraphie du concert des Stones à La Havane en 2016. On tient notre souvenir ! J’imagine même pas la folie que ça devait être ces jours là avec les Papis du Rock dans la Capitale ! Seul exemplaire de la boutique, on a l’impression d’avoir trouvé une pièce rare… Tu parles, on n’a pas fait 10 mètres que l’on trouve la même chez un autre marchand 5 fois moins cher… #paietatetedepigeon. On continue notre tour dans Habana Vieja, des artistes de rue défilent, des dames en costume proposent de poser sur des photos aux touristes qui passent, on se fait arrêter par un groupe de mariachis (ah mince on me souffle dans l’oreillette qu’on est pas à Mexico, le principe est le même pourtant…) et un couple nous aborde en italien pour nous proposer de nous inviter, à nos frais bien sûr, boire le meilleur mojito de la ville à la Bodeguita del Medio, le grand classique du jinetero dont on te rebat les oreilles à longueur de guide touristique… Bon visiblement, je n’ai pas frotté assez fort, c’est toujours écrit, à moins que ce ne soit tatoué à l’encre invisible.

On commence à se poser sérieusement la question lorsque l’on pousse la porte d’une petite cour. De la grille, on a vu que c’était aussi un magasin d’affiches. Le vendeur, A. a visiblement envie de parler, c’est un étudiant en théologie, qui a encore une fois beaucoup à dire sur Cuba. Cette petite pause, qui durera quasiment une heure, est culturellement très riche, il nous parle des rites de la santerìa, du fonctionnement des cartes de rationnement, de ses recherches généalogiques pour retrouver un ancêtre espagnol afin d’avoir un visa de sortie et partir pour l’Europe. Avec beaucoup d’humour, il met des mots sur les situations que nous venons de vivre et qui nous énervent un peu depuis tout à l’heure. « Lorsque tu arrives à La Havane en tant que touriste, tu perds ta condition d’être humain pour devenir un citron, à presser jusqu’à ce qu’il n’ait plus de jus… ». Ah ben voilà, tout s’explique !!!

Je sens que la Dolce Vita, à la Havane que on l’avait imaginé va s’annoncer un peu moins fun que ce qu’on pensait, compte tenu du fait que la planche à billet n’est pas infinie… Il va falloir reprendre les bons vieux réflexes de vigilance et redescendre vite fait de notre nuage du pays des Bisounours dans lequel on a vécu depuis le début du séjour. Bien sûr, il y a eu la fois, où à Viñales, les guides ont fait durer l’excursion plus longtemps pour gagner plus ou se sont fait inviter et ont sûrement récupéré une petite commission après mais jamais rien n’a été fait en nous forçant la main. Là, on a juste l’impression d’être des distributeurs de cash sur pattes.

On en est presque à 10 km de marche, et on décide de rentrer vers la casa, si les garçons marchent gentiment depuis le début de l’après midi, il a fait très chaud et les réserves d’eau sont en train de baisser. On finit notre visite de Habana Vieja en rentrant par El Paseo del Prado, sur la longue promenade, il y a de nombreux artistes qui vendent leurs créations. Quelques musiciens et danseurs de hip hop se sont aussi installés. De petites flamencas, justaucorps, jupes longues et fleur dans les cheveux rentrent de leur cour à la casa de Cultura. Sur le Malecòn, des couples se baladent, des pêcheurs attendent que ça morde à l’hameçon, les grosses américaines baladent les touristes alors que le soleil commence à tomber.

Quand on arrive, K. nous a préparé une clé usb avec des muñequitos, comme elle dit, des dessins animés classiques cubains à mettre sur la télé. Les garçons sont super contents et lui font un câlin avant d’aller s’effondrer sur le lit. Ils sont cuits et nous aussi. On en profite pour se reposer un peu avant d’aller manger.

On dinera sur le Malecòn, pas question de prendre un taxi, ni de faire des kilomètres, le restaurant la Abadia fera parfaitement l’affaire. On y mange plutôt bien, en plein air et il est assez bon marché…

Jeudi 11 avril

Ce matin, la journée commence par une petite grasse matinée et un petit déjeûner au soleil sur le toit terrasse. La vue y est vraiment magnifique et c’est presque un brunch tant il est copieux et varié.

À quelques mètres de l’hôtel, un bici-taxi nous propose d’embarquer avec lui. Nous avons déjà beaucoup marché hier et les garçons ne sont pas contre le fait de s’épargner quelques kilomètres pour se rapprocher du Habana Vieja. On se met donc d’accord pour 10 CUC de l’heure. Il est 10h30 passées… J. nous balade à travers les rue de Centro Habana, nous fait traverser le Prado, nous fait passer devant le musée de la Revoluciòn pour admirer la reproduction du Granma’, bateau mythique par lequel Fidel est revenu à Cuba pour mener la révolution. Il nous raconte sa vie et nous propose de nous arrêter nous faire goûter un mojito, il est un peu tôt, on dit qu’on préfère n’en prendre qu’un et le partager. Qu’à cela ne tienne, il revient 2 verres à la main, un pour nous, un pour lui et nous fait payer les deux verres… A partir de ce moment là, c’est à croire qu’il s’arrête à toutes les pierres pour faire passer le temps plus vite. Il nous propose de nous arrêter à nouveau à la Bodeguita del Medio, pour la magie du lieu, mais il ne faut pas exagérer. Cela ne fait que 3/4 d’heures mais la balade commence à nous taper sur le système.

Devant la Cathédrale de La Havane, on décide de couper court. On continuera à pieds. C’est là qu’il nous annonce qu’ayant dépassé l’heure, nous lui devons 20 CUC. C’est bien tenté Coco, mais j’ai regardé l’heure quand on est montés dans le taxi, tu as gratté un mojito, acheté sans demander un truc dont on ne voulait pas et essayé de nous le faire payer, on veut bien être sympa mais faut pas non plus nous prendre pour des nouilles… On lui paie donc ses 10 CUC, et on essaie d’aller retrouver un peu de paix dans la Cathédrale.Elle est magnifique… L’agitation de la place est vraiment loin, à peine passe-t-on le pas de la porte. Surtout que dans le secteur, de l’agitation, il y a en a aujourd’hui, la Biennale se prépare aussi dans le centre. Le recueillement y règne, mêlant cubains et touristes.

À la sortie, nous retournons sur nos pas, pour en direction de la Bodeguita del Medio, certes il y est trop tôt pour y boire un verre, mais l’endroit mérite quand même un détour plus calme que l’arrêt avec consommation forcée de tout à l’heure. Chacun y va de sa signature sur le mur comme pour dire, j’y étais. De près comme de loin, le rendu est assez joli. Les photos de célébrités affichées en font le Walk of Fame de la Havane… Et des stars qui sont passées par là, il y en a… Ce qui explique sûrement que bien qu’il soit encore relativement tôt, le bar soit déjà plein comme un oeuf et que les gens attendent dans la rue pour prendre un verre.

Ayant goûté à l’ambiance du temple du mojito de La Havane, on découvre les abords de la Plaza Catédral. Là encore, des dames en costumes d’époque proposent contre quelques CUC de faire une photo souvenir, les cafés et restaurants se remplissent. Un panneau aiguise notre curiosité : Taller de Arte Grafica. Comme je te l’ai déjà dit, La Havane est connue pour ses arts graphiques. Dans l’ateliers, grosses machines de sérigraphies côtoient des productions originales. Rien à voir avec ce que l’on peut trouver dans les boutiques pour touristes, le papier et l’encre sont de qualité supérieure, les productions sont signées et témoignent des idées de la Movida de La Havane, que l’on peut retrouver dans les bouquins de Wendy Guerra et Zoé Valdes (je t’en reparlerai dans ma booklist sur Cuba). C’est un petit lieu de vie, certains artistes ont installé des échiquiers pour se détendre entre deux dessins et deux clients. Un endroit vraiment sympa pour faire une pause, si tu aimes l’art moderne et contemporain. J’aurais pu y rester des heures…

On poursuit notre route en direction de Calle Obispo et la Plaza de Armas, on y croise de trop mignons petits chien errants, visiblement mascottes de je ne sais quelle institution avec leur petite pancarte qui rappelle leur prénom. On passe aussi devant l’hôtel Ambos Mundos, hôtel historique de La Havane et autre pilier du business Ernest à La Havane. Ici dans la chambre 511 ont vu le jour des classiques du XXè siècle. L’ambiance est ici assez tranquille, à l’ombre de la Plaza de Armas, un homme joue des airs traditionnels sur son tres.

Non loin de là trône, El templete, temple dorique qui fait office de mémorial de la fondation de la ville. L’année dernière, la capitale fêtait ses 500 ans… Dans le jardin, une colonne à l’effigie de Christophe Colomb et un grand ceiba accueillent le visiteur, ce n’est pas l’arbre originel, celui-ci a été planté dans les année 60. D’après la tradition que nous explique la gardienne des lieux, il faut faire trois fois le tour de l’arbre, exprimer un souhait et enterrer à ses racines une pièce. On se plie donc au rite, comme on jetterait une pièce en tournant le dos à la fontaine de Trevi. Puis on continue notre chemin vers le Castillo de la Real Fuerza et ses impressionnantes fortifications.

Longeant ensuite l’entrée du port de La Havane, nos pas nous mènent, vers un marché de bouquinistes et de curiosités. D’ordinaire, j’adore flâner dans les marchés de bouquinistes. Tu sais maintenant si tu suis le blog à quel point j’aime lire et j’aime les livres, mais les livres anciens, ont toujours eu un statut particulier pour moi. Un peu comme des vieux sages, avec leurs pages cornées, tâchées, qu’ils aient eu un propriétaire ou qu’ils soient passés de mains en mains, je me plais toujours à imaginer leur histoire et ce qui les a amenés ici, sur cet étal, en ce jour, prêts à être adoptés par une nouvelle famille. Ici, les candidats à l’adoptions se ressemblent tous cruellement, récits de pères de la révolutions, écrits de propagandes, affiches à la gloire de Fidel et du communisme, quelques sérigraphies revisitant de grands classiques du cinéma cubain ou américain, et de temps à autres, El Principito, Le Petit Prince, comme une rare concession à la littérature pour les enfants. A part une affiche, nous n’adopterons personne, bien que lisant l’espagnol, mais nous reviendrons plusieurs fois dans ce petit marché à ciel ouvert avec ses airs de village d’Astérix de la culture.

Nous continuons à avancer vers le port, vers le Terminal Sierra Maestra, là où arrivent d’énormes paquebots de croisiéristes. Ils sont nombreux à quai et les cars s’affairent pour récupérer les passager à débarquer pour une excursion express dans la ville et ses environs. Nous, on poursuit notre route vers le couvent de Saint François d’Assise, sur la place, les garçons jouent avec les pigeons en attendant que l’on entre dans l’église. La chaleur du midi approchant, on y trouve un peu de fraicheur bien appréciée.

À la sortie, les panneaux indiquent l’église San Francisco de Paula, on a déjà visité beaucoup d’églises depuis ce matin, mais celle-ci nous intrigue vraiment. Comment se fait-il que Saint François de Paule, saint d’origine calabrais, dont le sanctuaire se trouve à une cinquantaine de kilomètre du village d’origine de wanderlustdad, puisse se retrouver ici, à l’autre bout du monde ? Vu que pour la journée, nous sommes en mode va où ton coeur te porte, on se dit que c’est une bonne idée d’aller y faire un tour, en empruntant les petites rues. Au passage, on en profite pour se reposer quelques minutes au frais dans le square Umboldt, voir El Palacio del Gobierno, El Coche Mambi, un wagon du début du XXè sur Churraca qui a servi de voiture présidentielle, devant la mosquée de La Havane, le Musée Havana Club, la Cathédrale Orthodoxe… Au bout d’un petit kilomètre de marche, on trouve enfin l’église de San Francisca de Paula. C’est une église moderne aux vitraux ouvragés qui est loin du charme de celle de San Francisco de Asis.

On fera le chemin du retour vers le centre en passant par les ruelles de Habana Vieja. L’ambiance est vraiment pesante, à part les rares immeubles dont la réhabilitation est prise en charge par des fonds venues d’Arabie Saoudite, on a l’impression que tout est à l’abandon. Malgré quelques oeuvres de street art pour donner des couleurs au quotidien, on sent bien la misère dans cette partie de la ville moins fréquentées des touristes. Les gens sont dans la rue, essaient de vendre devant leur porte quelques cigares ou autres petites choses glanées ci et là au marché noir. Des enfants, derrière les fenêtres grillagés de leur appartement nous demandent des bonbons, que l’on a bien sûr oubliés à l’hôtel… À ce moment, comme à Palma Rubia et comme plus tard à Trinidad, je ne me sens pas vraiment à ma place. Pas à l’aise du tout… Heureusement que les bêtises des garçons qui jouent les acrobates sur les canons sont là pour nous changer les idées. De retour sur Calle Obispo, on trouve une sandwicherie qui fait des pizzas que l’on peut payer en moneda nacional, on s’installe dans un petit square pour pique niquer, comme on peut avoir l’habitude de faire quand on est en vacances et là encore, ce qui se passe autour de nous m’interroge. Ma petite voix me dit : « Tu voulais voir l’envers du décor, et ben voilà, tu es servie, La Havane nue et crue, sans ses artifices pour les touristes. Celle qui mendie pour arranger les fins de mois alors que l’on est tout juste le 11, celle qui arnaque pour gagner quelques pesos qui vit presque en cage et qui noie son chagrin dans le rhum… »

Il commence à faire très chaud et on a tous vraiment besoin de se remettre de nos émotions, on retourne en direction du Floridita et on prend un Coco-taxi pour rentrer à l’hôtel. C’est un moyen de transport sympa, un peu comme un triporteur, tout jaune, les schtroumphs ont adoré. Nous on a bien aimé aussi, si ce n’est que comme d’habitude, alors que la course avait été convenue à 8 CUC, le chauffeur n’avait pas la monnaie sur 10…

De retour à l’hôtel, on allume la clim, et on essaie de trouver un plan pour passer une journée du lendemain plus agréable, marre de faire le pigeon est d’être toujours sur le qui-vive pour éviter de se faire arnaquer. La Havane nous a déjà bouffés en 1 jour et demi. On a besoin de calme, de silence et de fraîcheur. Une virée à Las Terrazas apparait alors comme une évidence, impossible de réserver une place en car avec Viazul via leur site, il faut que l’on aille se renseigner à la gare routière. En prévision de tout cela, il faut aussi que l’on aille changer de l’argent à l’Hotel Nacional.

Vers 17h00, on part donc en mission, change et gare routière. K. nous hèle un taxi en bord de Malecòn pour nous conduire à l’Hotel Nacional et à la gare routière. Il nous propose une course à 30 CUC, bon Okay, soit, il va devoir attendre pendant que nous sommes au bureau de change. Arrivés sur le parking nous annonce qu’il faut en plus payer 5 CUC pour le stationnement alors qu’aucun panneau ne l’indique et qu’il n’y a pas de gardien. À l’intérieur sens que ça commence à bouillir… On prend toutes nos affaires et on se dirige vers le hall de l’hôtel. Tant sur le plan de l’architecture que des personnalités qui s’y sont succédées, ce Palace est exceptionnel. Entrer ici, c’est un peu comme entrer au George V. C’est vraiment magnifique ! Le change se situe près de la piscine, on y entre une personne à la fois, alors pendant que wanderlustdad se charge des formalités au guichet, nous de loin, on observe la piscine. Le lieu et l’ambiance ont un air de déjà vu, comme dans l’introduction de Dirty Dancing 2, Havana Nights, pseudo suite qui se passe en fait avant les événements du mythique Dirty Dancing de 1987 avec Patriiiiiiiick… Je sais pas si je suis très claire…

Enfin bref, je disais donc que tout ça ressemble étrangement à la scène d’ouverture de Dirty Dancing 2, des jeunes filles qui font bronzette et buvant des cocktails sur fond de musique cubaine… Si tu ne connais pas le film, tu ne perds pas grand chose, on est dans le classique de danse film cul-cul la praline, où la demoiselle fraichement arrivée des Etats Unis avant le début de la Révolution, vient prêter main forte au serveur cubain qui lui amène des Cuba Libre sous son parasol et devient sa partenaire pour un concours de danse. Evidemment, comme Jennifer Grey, au début, elle est aussi raide et gracieuse qu’un frigo américain, mais comme Patrick Swayze, qui y fait une brève apparition, Diego Luna est magicien et il parvient à la faire danser avec grâce et légèreté, le tout dans un temps record bien sûr… Ah la magie du cinéma, ça laisse rêveur… Parce que toi dans la vraie vie : 1/ tu peux bronzer sur le bord de la piscine, ça ne t’arrive jamais, 2/ Même avec le talent de danseur de Patrick, au bout d’une semaine, tu peux te gratter pour être la reine de la Rosa Negra, tu ressembles toujours à l’hippopotame de Fantasia quand tu alignes deux pas de mambo… Mais bon, la BO, bien qu’anachronique pour une histoire sensée se passer à la fin des années 50 est plutôt sympa. Je le pose là, en même temps que j’écris, ça va me détendre pour la suite, parce que notre journée en mode citron n’est pas terminée…

En effet, un oeil sur la piscine, perdue dans mes pensées, et l’autre vers le guichet, je dois tout de même vite revenir à la réalité, wanderlustdad je vois wanderlustdad recompter ses billets et essayer de se dépatouiller dans son itagnol (mélange d’italien et d’espagnol) approximatif, encore une fois, les employés du change essaient de l’estourbir. Il me dira après que si il n’avait pas recompté, on aurait perdu 100 CUC. Je continue à faire du yoga… Il va me falloir de la patience pour retrouver notre chauffeur de taxi qui lui aussi à l’air tout disposer à nous presser jusqu’à plus de jus. On paie donc les 5 CUC fictifs de parking et on repart en direction de la gare routière. Là encore, il nous propose de nous accompagner demain à Las Terrazas lui même, de nous arrêter acheter de l’artisanat chez un copain à lui, je ne peux même pas l’écouter d’une oreille puisque c’est moi qui traduit, mais à chaque fois que j’ouvre la bouche, je dois faire taire le Capitaine Haddock, qui est dans ma tête et qui est en train de jurer comme jamais. Non, je ne veux pas que tu m’emmènes à Las Terrazas et faire le pigeon toute la journée de demain, je veux juste aller à la gare routière me renseigner et rentrer à l’hôtel. Le trajet semble durer des heures. Arrivés devant la gare, il nous annonce que la course était un aller-simple, et que si l’on veut rentrer ce sera 20 CUC de plus. Je crois que la fumée me sort par les oreilles à ce moment là… On lui paie son dû et on lui dit au revoir… On rentrera à pieds, on n’est plus à 10 bornes près, ça nous calmera…

Bien entendu, au guichet Viazul, on nous annonce que les cars sont complets jusqu’au mardi suivant et que du coup, Las Terrazas demain, ce ne sera pas possible. Il va falloir chercher une autre option pour passer une journée tranquille loin des sentiers battus. K. sera, je suis sûre, pleine de ressources. En attendant, on avale les kilomètres sur les grandes artères, de la Plaza de la Revoluciòn. Ce soir, personne n’est d’humeur à aller assister au Cañonazo au Moro Cabano, tout le monde est énervé et fatigué. On s’arrête au Café Samantha, un dinner cubain, à deux pas de la casa, où pour 20 CUC on mange à 4. Les garçons des burger et nous de la roba vieja et de la fricassée de porc.

De retour à Malecòn 663, on raconte nos (més)aventures à K. Toute désolée, elle se propose même de nous trouver un plan de secours en taxi, mais le séjour est encore long, et on préfère éviter de se lancer dans une excursion à une bonne centaine de CUC la journée sans savoir ce que le reste des vacances nous réserve. Et vu le compte des dépenses à la fin de cette journée, mais vaut être raisonnable. Le train Hershey a fermé, quel dommage ! Elle nous conseille de sortir un peu du centre de la ville et de prendre la Lanchita et d’aller visiter Regla. Elle rejoint en cela ce que nous avait conseillé la gardienne d’El Templete, ce matin.

En fait, elle est plutôt contente que l’on soit rentrés plus tôt ce soir car c’est son dernier soir avec nous, les prochains jours elle sera de repos et nous laissera entre les mains de G., qui s’est occupée de l’organisation de notre séjour à distance. On parle de tout et de rien, elle nous raconte ses études, nous montre ses dessins magnifiques et nous parle de sa vie à l’extérieur de la casa. Elle nous raconte aussi qu’elle aime travailler ici, les gens sont sympas, elle a même rencontré Owen Wilson et quelques célébrités, qui ont séjourné ici pendant leur séjour à La Havane. On prend quelques photos et on échange nos contacts, les garçons lui font un câlin d’au revoir et on se quitte pour aller se coucher après cette journée qui semble avoir duré 36 heures.

Vendredi 12 avril

Aujourd’hui est un nouveau jour, on se réveille bien décidé à laisser derrière nous les mauvaises ondes et expériences de la veille. Le programme : s’éloigner du centre de La Havane sans claquer notre PEL (c’est à dire en utilisant nos pieds et les transports en communs) et traverser la baie pour aller rendre visite à Yemaya à Regla puis assister à la cérémonie del Cañonazo à 21h00 au Moro Cabaño, mais avant cela, il faut prendre des forces.

G. nous attend sur la terrasse avec le petit déjeûner. On a encore de quoi tenir jusqu’au goûter si l’on prend un petit en-cas à midi. On se régale toujours autant de la vue sur le Malecòn qui se réveille aussi. G. est très différente de K. Si K. était un petit bonbon, G. est un rayon de soleil. Aussi grande que K. était petite, aussi solaire que K. discrète, elle est déjà prête à croquer les garçons de bisous. Elle parle très bien le français. Elle a vécu en région parisienne pendant quelques années avant de revenir à Cuba. Nous avons pas mal discuté avant de nous rencontrer en personne, c’est elle qui a répondu, avant notre arrivée à la moindre de nos interrogations, et inutile de te dire qu’il y en avait. Elle a été d’une patience d’ange…

Elle valide notre programme de la journée et nous signale que La Biennale de La Havane ouvre aujourd’hui, en plus de l’installation devant la façade de la casa, il faut que l’on ouvre les yeux, des oeuvres sont cachées dans toute la ville. Quitte à se payer une randonnée urbaine, parce que de là où l’on est jusqu’au Muelle de Regla, il y a une trotte qui se compte encore en une bonne dizaine de kilomètre, autant qu’elle soit artistique. On a déjà repéré quelques pépites de street art hier, mais on n’est pas contre non plus un peu d’art contemporain, même si parfois on ne comprend pas tout…

Sur le Malecòn, les pêcheurs partagent leur espace avec les ouvriers qui déchargent des caisses entières et montent les oeuvres in-situ. Certaines commencent déjà à prendre forme, pour les autres, on aura la surprise plus tard. Au bout du Malecòn, nos pieds commencent à connaitre le chemin tous seuls, on remonte El Paseo del Prado et on coupe par Calle Habana, c’est un peu le chemin que l’on a pris la veille en bici-taxi mais sans sollicitations permanentes.

On repasse avec plus de tranquillité devant la Bodeguita del Medio, où l’on s’autorise un petit rhum à partager en deux pour ne pas être pompettes, puis on bifurque dans une traverse près de la Plaza Catedral, ça bouge, beaucoup, du monde partout qui entre dans le centre Wilfredo Lam, l’un des centres d’exposition de la Biennale de La Havane. Entre curieux et artistes présents pour l’occasion, ça en fait du monde… Il est assez difficile de se frayer un chemin pour accéder aux oeuvres et les garçons ne comprennent pas tout. Pour éviter d’en prendre un en cour de route, on quitte donc le centre. Peut-être pourra-t-on revenir une autre fois, quand la foule sera passée, profiter des toiles de l’un des maîtres du surréalisme cubain, de l’un de ceux qui ont côtoyé Picasso sous l’occupation allemande et à qui Zoé Valdes concède plusieurs passages de Sa femme qui pleure, de l’un de ces nombreux artistes qui ont pris la voie de l’exil…

Comme la veille, on remonte Calle Obispo, on longe la Plaza de Armas, on remonte par les quais cette fois-ci vers el Muelle de Habana Vieja. L’embarcadère est plutôt sommaire, la traversée coûte quelques CUC et à bord du bateau, on doit être à peu près les seuls touristes. La lanchita, sert surtout aux habitants de l’autre côté de la baie à regagner le centre de La Havane. Beaucoup traversent avec leur vélo. La traversée n’est pas très longue. On est à Regla en quelques minutes.

Regla est une municipalité de La Havane, elle est divisée en trois quartiers, Guaicanamar, Casablanca et Loma Modello. On aura l’occasion de visiter ce soir l’autre quartier. Nuestra Señora de Regla, vierge noire d’Andalousie, protectrice de La Havane nous accueille quasiment à l’arrivée. Mais ici ce n’est pas tant la vierge que l’on vient prier si l’on en croit le nombre de fidèles vêtus de blanc. Ici c’est à Yemaya que l’on rend grâce. Ici tenue correcte exigée, une dame à l’entrée tend aux demoiselles trop dénudée un petit morceau de tissu pour se couvrir épaules et nombril. L’église est pleine, beaucoup plus que les autres que l’on a pu visiter jusqu’à présent. Et devant la statue de la Virgen de Regla, il règne un grand recueillement. Yemaya, dans son manteau bleu, veille.

A la sortie de l’église, en attendant le prochain bateau, on se balade un peu dans la rue principale de Guaicanamar. L’ambiance est très différentes de celle que l’on a pu connaître ces derniers jours. Ici, chacun vaque à ses occupations sans se préoccuper de nous. Il n’y a pas de vieilles américaines, pas de taxi jaune, quelques taxis noirs, payables en monnaie nationale. Les gens se baladent à vélo ou à pieds ou travaillent sur le pas de leur porte. On ira pas beaucoup plus loin pour ne pas râter le bateau, mais on retrouve ce que l’on a pu voir dans les environs de la casa.

Il est près de midi lorsqu’on embarque sur la Lanchita pour regagner le centre de La Havane. Comme la veille, ayant bien déjeûné, à notre arrivée de l’autre côté on grignote deux bricoles et on s’installe aux tables du glacier Los Marinos en face de l’embarcadère. Il est payable en CUC et en monnaie nationale, on est quasiment les seuls, il y a pas mal de choix, même si le goût est loin des classes à l’italienne que l’on peut connaître. Cette petite pause nous permet de regagner un peu d’énergie pour rentrer à la casa. On commence à être KO.

On retourne en direction de Parque Central par des ruelles improbables. Les portes entrouvertes nous laissent apercevoir des tranches de quotidiens. Prières aux orishas, cuisine ou simplement farniente devant la télévision, la vie s’écoule tranquillement loin du tumulte des rues plus commerçantes. Nos pas nous emmène sur Plaza Vieja à qui la Biennale a donné des faux airs de Japons avec ses koi nobori, tu sais, ces manchons à air en forme de carpe. C’est du plus bel effet ! Sur le Prado aussi, l’art est à l’honneur, malgré la chaleur du début d’après midi, les artistes profitent du public de la Biennale. Nous, on flâne, à l’ombre jusqu’à regagner la casa. On a encore beaucoup marché ce matin, tout le monde profite donc pour aller se reposer au frais à peine la porte de la chambre passée.

En fin d’après midi, on se met en route pour aller assister à la cérémonie des coups de canons. On est un peu à l’heure anglaise niveau alimentation, gros petit déjeûner, repas de midi léger. On a donc assez faim et on décide de retourner manger au Café Samantha. On y avait mangé correctement la veille et pour pas cher. Le menu est à peu près le même que la veille mais qu’importe.

À la fin du repas, on retrouve le Malecòn. Les installations de la Biennale sont en place ça y est. Certaines sont drôles, d’autres font réfléchir, d’autres encore, comme d’habitude, sont à des années lumière de ce que l’on peut comprendre sans connaître l’univers de l’artiste exposé. On retrouve donc pour la dernière fois les pêcheurs, les musiciens et les danseurs de l’entrée de la rade. On remonte une dernière fois le Prado, Calle Obispo et la Plaza de armas sans trop de nostalgie. On fait encore un tour au marché des curiosités. On y retrouve le patron du vendeur d’affiches avec qui nous avions passé autant de temps le premier jour. Il nous reconnait tout de suite et il ne lui en faut pas beaucoup pour se lancer dans un nouveau discours pro-régime et balancer encore une fois qu’il ne partage pas du tout les opinions de son employé. C’est un personnage celui-ci, cheveux grisonnant, casquette militaire à la Fidel et bouchon à la rigolade. Il nous fait passer un petit quart d’heure sympa et nous aide même dans la recherche d’une affiche que nous avions repérée mais qu’il n’a pas. Tant pis pour la version arts graphiques de l’affiche de Fast and Furious à La Havane, ce sera l’excuse pour revenir à Cuba 😉

Nous quittons le marché et nous prenons la direction de l’embarcadère, le même que celui de ce matin mais en prenant cette fois-ci la direction de Casablanca. A cette heure-ci, il y a peu de touristes. L’heure de la cérémonie est encore loin. Une fois arrivés de l’autre côté, le fort est encore loin. Il faut monter, longtemps, jusqu’à arriver à la maison du Che et au Christ qui surplombe la baie de La Havane. La vue est spectaculaire. C’est un endroit que je te conseille au coucher de soleil. C’est juste magnifique !

On traverse la base militaire où les avions et autres véhicules historiques sont exposés jusqu’à arriver au Morro Cabaño. La forteresse construite a la fin du XVIIIè siècle par les Espagnols a été tour à tour lieu de défense, prison et tribunal militaire. Aujourd’hui, c’est un site touristique, qui accueille parc, musée et qui est le théâtre tous les soirs de la cérémonie du coup de canon, El canonazo. Cette cérémonie rappelle le coup de canon qui était tiré à l’époque de l’édification de la forteresse. À 21h00, chaque soir était tiré un coup de canon pour signifier la fermeture des portes de la ville pour la préserver des attaques de pirates et de corsaires. 3 siècles plus tard, rien n’a changé, nous sommes accueillis par des militaires en costume d’époque.

Nous sommes très en avance, nous avons le temps de passer à la billetterie, et de nous faire arnaquer au passage par la guichetière, qui dans un premier temps « oublie » de nous rendre une partie de la monnaie, puis après le lui avoir fait remarqué, nous rend le compte mais avec un billet de 10 en peso cubains et pas en CUC (alors que l’on est à une caisse spéciale CUC…). Note à toi, toujours vérifier plusieurs fois ta monnaie. Nous on s’est fait avoir, on ne s’en est rendu compte qu’en payant le taxi du retour…

Le musée est fermé mais les petits stands d’artisanat et le parc sont ouverts. Les garçons se régalent à courir partout au milieu des boulets de canons et nous on profite du calme avant l’afflux de touristes à l’heure de la cérémonie. Le soleil se couche, et le Malecòn se teinte d’orange, c’est vraiment sublime. Une petite heure avant le début de la cérémonie, on arrive sur la place où se tient la cérémonie, il n’y a encore personne, on sera au premières loges. Des militaires en treillis répètent les mouvements à faire pour que le spectacle soit calé au millimètre. Ils ont l’air si jeunes pour certains. En fond, alors que la nuit tombe, on commence à entendre des roulements de tambours, les crieurs en costumes annoncent le début imminent de la cérémonie dans une procession au flambeau. Le monde commence à affluer. Touristes et cubains se mélange pour assister à ce voyage dans le temps, ce retour à l’époque des pirates et des commodores. À 21h00 nos militaires refont surface, ils ont troqué leurs treillis contre des costumes coloniaux. Ils refont les gestes maintes fois répétés tout à l’heure pour donner lieu au tir de canon. Attention les oreilles ! Pour les plus petits c’est assez fort !

La cérémonie est assez rapide en soit, et à la fin, le mouvement de foule est assez important. Difficile d’imaginer qu’il y avait autant de monde qui assistait au spectacle quand on accède au goulot d’étranglement des ruelles du fort. On se fraie un chemin en se tenant très fort et en zigzagant entre les gens pour trouver un taxi. À cette heure-ci, pas question de refaire à pied le chemin en marche arrière.

Heureusement, on trouve très vite un chauffeur à la sortie du fort qui nous propose de nous ramener à l’hôtel pour 10 CUC. Musique à fond, pied au plancher, il nous embarque à travers le tunnel sous le Port et le Malecòn ambiance Fast and Furious, Vin Diesel en moins… Il nous dépose devant la casa en moins de temps qu’il nous faut pour faire ouf et repart aussi vite à la recherche d’autres touristes à ramener. On traverse le Malecòn, et on regagne la casa, c’est notre dernier soir à La Havane et ainsi s’achève notre expérience.

Demain, C. le chauffeur que nous avons eu au début du séjour viendra nous chercher pour nous amener à Remedios puis Trinidad. Si nous avons été très bien accueillis par l’équipe de Malecòn 663, toujours aux petits soins pour toute la famille, nous ne sommes cependant pas mécontents de quitter l’agitation de la capitale pour de plus petites villes, plus en phase avec notre façon de voyager…

Voilà, j’espère que cette escape à La Havane aura été à ton goût et de permettra soit d’y trouver des suggestions de visite et des conseils pour organiser ton séjour soit des souvenirs d’une expérience que tu as vécu. Dans tous les cas, n’hésite pas à mettre un j’aime ou un commentaire pour me dire ce que tu en as pensé.

À bientôt 😉

En route pour Cuba – épisode 2

Aventures et mésaventures à Cayo Levisa

Me voilà de retour pour te raconter la suite de nos aventures. Je t’avais laissé alors que nous attendions notre taxi pour nous rendre à Cayo Levisa.

Aaaaah Cayo Levisa, ce devait être le clou du séjour !!! En farfouillant sur des blogs en préparant le séjour, j’étais tombée sur cette plage de rêve et j’avais insisté très lourdement pour y aller. Quand on me connaît, on sait que quand j’ai une destination dans la tête, je ne l’ai pas ailleurs… Aussi quand l’équipe de Malecon 663 nous l’a proposé sur la suggestion du parcours j’ai dit OUI, OUI, et re OUI ! On aurait dit Marianne James dans le jury de la nouvelle star !!! J’me voyais déjà pas en haut de l’affiche mais en train faire la sirène sur la plage pendant deux jours en sirotant des mojitos dans une cabane donnant sur la mer…

Sauf que tout ne s’est pas exactement passé comme prévu… Serait-ce une histoire de karma ?

Lundi 8 avril

Lorsque notre taxi arrive, ce n’est pas une vieille américaine mais une Volkswagen des année 80 qui nous attend. Peu importe j’en envie de te dire, l’important c’est qu’elle nous amène d’un point A à un point B. Notre chauffeur nous embarque à travers la Vallée de Viñales, à travers les mogotes on entrevoit villages et hôtel de luxe. Il nous parle de son fils, et du revenu moyen à Cuba, de la triste réalité qui fait qu’il est plus rentable de travailler avec les touristes que d’être médecin. Au quotidien, il faut « s’arranger » pour vivre dignement.

Les garçons profitent du trajet pour s’endormir jusqu’à la Palma où nous sommes arrêtés pour un contrôle routier. Si nous ne sommes pas directement visés par le contrôle, l’expérience est loin d’être agréable. Une chose est sûre, mieux vaut éviter d’avoir à faire à la police sur place. Notre chauffeur, s’était rendu compte sur le chemin qu’il avait oublié sa licence de taxi à la maison, manque de bol, il a beau essayer d’expliquer cela à l’agent et lui proposer de repasser, rien n’y fait. Il doit aller au commissariat le plus proche pour payer une amende équivalent à un mois de salaire. Il n’a pas gagné sa journée le pauvre et nous voilà débarqués au milieu de nulle part sous une chaleur étouffante à nous demander si nous allons pouvoir continuer notre route jusqu’à Palma Rubia.

Il revient finalement au bout d’une bonne vingtaine de minutes, remonté comme un coucou suisse et très disposé à nous livrer le côté obscur de Cuba. Tout y passe, la police corrompue, le manque de liberté, le rationnement, la yuma, cette volonté de quitter ce décor de carte postale pour une vie meilleure… Il nous raconte les petites combines qui permettent d’améliorer le quotidien, le marché noir… Il est tellement fâché, qu’au bout de quelques kilomètres, devant une plantation de bananiers de l’Etat, il tire le frein à main et s’en va soulager sa vessie sur « las bananas del gobierno ». Le geste de dépit prête à sourire, comme dans l’histoire De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête (si tu as des enfants en bas âge, je te le recommande +++, grand classique, humour pipi caca, succès assuré pendant plusieurs soirées…).

Bon, trêve de plaisanteries, l’ambiance est lourde dans la voiture, sur le moment, on sourit, mais on est vraiment mal à l’aise et tristes pour lui. C’est ainsi que l’on arrive à Palma Rubia, à la Villa Vista al Mar, dans une famille plus que chaleureuse.

Parce que oui, déjà, on a renoncé à aller dormir sur l’île à l’hôtel club Cayo Levisa. D’un part parce que les contacter relève du parcours du combattant, et puis d’autre part parce que concrètement, deux nuits, à quatre revenaient la modique somme de 400 €, le tiers de la totalité des nuitées du séjours. Okay la plage de rêve !!! mais quand même faut pas pousser Mémé dans les orties, 400 balles pour faire du culcul-plage c’était autant d’expériences en moins à faire sur place pendant le reste du séjour… Alors on a cherché, farfouillé sur airbnb et trouvé L’ENDROIT, celui qui rien qu’en lisant les avis des précédents visiteurs, te donnait envie d’y être et pour 10 fois moins cher que l’hôtel club Cayo Levisa.

Nous voilà donc à la ferme d’O. et Y. Ils vivent en clan, avec les frères et leurs épouses, les parents et quelques ouvriers agricoles. Les schtroumpfs sont tout de suite pris en charge par les garçons de la maison, qui ont à peu près le même âge pendant que l’on décharge la voiture et que l’on fait les formalités d’entrée dans la maison.

Puis, on se dirige vers l’embarcadère situé à quelques centaines de mètres au bout de la route pour nous renseigner pour les tarifs de la traversée pour Cayo Levisa. Et là, on découvre que contrairement à ce que l’on avait vu sur internet, il n’existe pas de traversée sèche à 10 CUC par personnes mais un package évidemment beaucoup plus cher incluant le repas, nous qui ne voulions manger que des sandwichs pour profiter de la journée, voilà une journée qui va finalement coûter trois fois plus cher que prévu. Bienvenue dans les hôtels cubains ! Si tu l’avais oublié, tu es un touriste ! Aaah le karma !

Sur la jetée, on observe les mangroves. Le sable est plein de bernard l’hermite, de crabes violonistes et dans l’eau on peut voir les poissons trompettes.

Sur le chemin du retour, on s’arrête à la cabane à jus pour boire un coup avant de rentrer nous reposer.

O. nous parle de sa passion pour la musique et nous présente sa guitare, le tres cubano, la guitare mythique des paysans cubains, celle qui rythme guatanamera et qui accompagnait les paysans cubains, los guajiros dans les champs. On joue ensemble du guiro et de la clave et il nous promet une soirée musicale avant notre départ. À ce moment là, je crois que l’on est pas très loin du Nirvana…

Pendant ce temps là, devant la porte de la chambre, c’est l’annexe de l’école, le petit voisin est arrivé et tout le monde veut dessiner. Qu’à cela ne tienne, on sort tous les cahiers et feutres que l’on avait préparé avant de partir dans l’éventualité de les laisser à une école et tout le monde se met à l’oeuvre. Avec Y. et sa belle soeur, on regarde la tablée avec tendresse. On parle des enfants, de l’école, de Cuba et de ce qui nous y amène.

Elle nous demande un peu tristement de lui raconter comment sera la journée de demain. Malgré le fait que Cayo Levisa soit juste à côté de chez elle, elle n’a jamais pu y mettre les pieds car l’île est interdite à tout cubain qui n’y travaille pas… Triste héritage de l’histoire où, aux heures sombres de la révolution, l’île était utilisée comme poste avancé avant le départ en canots pour la Floride. Pour endiguer la vague, les militaires, qui contrôlent les structures hôtelières, transforment l’île en paradis pour touristes fortunés, excluant de fait les cubains de ce havre de nature.

J’adore les blogs la salade à tout et sortez de vos connapts, je lis volontiers les publications de GBEM sur fesse de bouc. Herveline et Marie me font toujours mourir de rire, avec leurs images décalées et leur « à bas le perfectionnisme ! ». Bref rendons leur ce qui leur appartient, elles ont développé le concept d’envers de la con****e. (Maman si tu passe par là, promis je dis pas de gros mots, je ne fais que citer…). La con****e, c’est la nana toujours parfaite, style Bree Van de Kamp, qui fait tout maison, mange bio, fait des vacances éthique et écolo, enfin c’est ce qu’elle veut bien te montrer sur les réseaux sociaux et quand tu vois ses photos, elle t’énerve, mais elle T’ENERVE… Sauf que ce qu’elle ne te dit pas c’est que temps en temps, elle a rien contre le fait de se faire un petit MacDo ou se dorer la pilule doigts de pieds en éventail au Club Med, chose pour laquelle elle se flagellera avec des orties, fraichement cueillies de son jardin, mais pas en public bien sûr… Cayo Levisa, c’est un peu mon envers de la con****e à moi, et autant jusqu’au moment d’y arriver je l’assumais à peu près, autant à ce moment là, je commence vraiment à avoir beaucoup de mal et ce n’est que le début…

Après cet intermède créatif, les garçons filent jouer dehors au milieu des poules, des petits porcelets qui se baladent de partout et mangent les mangues qui tombent de l’arbre, des grenouilles qui profitent de l’humidité du soir pour sortir. Nous de la terrasse on profite du magnifique coucher de soleil, rythmé par la musique de la petite boite du nuit du frère de O. Sur du vieux son cubain, les anciens se mettent à danser, wanderlustdad les rejoint. D’autres jouent aux dominos, et là maintenant, je me dis qu’au final, ce que l’on est en train de vivre maintenant, restera dans nos esprits bien plus que la journée de demain à Cayo Levisa et qu’il sera vraiment très difficile de quitter cet endroit.

O. vient nous sortir de nos réflexions, le repas est prêt… Et quel repas !!! Ils ont cru qu’on avait des potes cachés dans les valises, c’est pas possible… Il y en a beaucoup, vraiment et tout est très bon. Y. nous a vraiment gâtés, poisson péché par le frère de O., chips de patate douce et de pomme de terre, tostones, salade de blettes et cebettes et ça ne s’arrête jamais. C’est tellement trop pour nous, d’autant qu’on les voit s’affairer autour de nous, comme si on était au restaurant alors que crotte, c’est quand même nous qui sommes chez eux… On insiste vraiment lourdement pour que le lendemain, tout le monde mange avec nous à table et pas sur un coin de palissade en attendant que l’on ait fini… Ce sera quand même plus sympa.

Après le repas, O. initie les enfants à quelques tours de magie et c’est les yeux pleins d’étoiles que l’on va se coucher de cette super fin d’après midi et impatient de notre journée plage qui nous attend le lendemain.

Mardi 9 avril

Nous sommes réveillés par le lever du jour et l’agitation d’un début de journée à la ferme. Le petit déjeuner qui nous attend est tout simplement gargantuesque. On va finir par flotter quand on va aller se baigner… Une fois nos affaires prêtes, on descend à pieds vers l’embarcadère. Nous sommes parmi les premiers. Derrière nous arrivent des cars et des cars de touristes qui viennent soit en excursion pour la journée, soit passer quelques nuits sur l’île. Pendant que les garçons se régalent à voir les crabes se disputer sur la jetée, on perçoit des bribes de conversations de touristes autour de nous. « Et le wi-fi n’est pas assez puissant! et les routes sont mal entretenues. Et bla bla bla, et bla bla bla ». Pour certains, le confort des grands hôtels et les prestations de l’île ne sont pas à la hauteur de ce qu’ils sont venus chercher.

J’ai de la peine pour le pauvre guide, qui à côté de nous essaie de défendre sa terre et je comprends pourquoi vu de l’extérieur, nous touristes, on peut vraiment passer pour des enfants gâtés. Sa réponse au final est très juste et empreinte d’une sagesse que l’on semble parfois avoir oubliée chez nous. Nos acontentamos, on se contente de ce que l’on a, si aujourd’hui on a du poulet, on mange du poulet, si demain on a du poisson, on mangera du poisson, l’important c’est que l’on ait de quoi manger et pour le reste, on fait avec, on n’a pas vraiment le choix…

A ce moment là, je suis à deux doigts de l’état que décrit Julien Blanc-Gras, dans son roman Touriste lorsqu’il essaie de lire Crime et Châtiments au bord de sa piscine de ClubMed à Djerba, je suis entourée d’allemandenshorts venus consommer du service et je fais du yoga dans le dedans de ma personne pour essayer de rester zen mais en vérité, je bous…

C’est sur ces considérations que le bateau arrive. Il y en a pour à peu près 1/2 de navigation entre Palma Rubia et Cayo Levisa. Petite musique qui va bien, cocktail de bienvenue et gens en shorts et maillots de bain, présentation des animateurs et du programme de la journée. Nous qui ne sommes pas du tout club, on a un peu l’impression de vivre la scène d’ouverture des Bronzés… Allez c’est pas salsa mais elle est culte, c’est cadeau…

Nous on a une seule hâte, filer sur la plage pour aller se jeter dans la mer des Caraïbes. Les garçons espèrent même trouver un trésor… Note pour plus tard, continuer à leur faire regarder des films de pirates, pendant qu’ils creusent à la recherche du coffre de Jack Sparrow, tu peux bronzer tranquille…

Snorkeling maison, château de sable, recherche de petits coraux et de bernard l’hermite, bronzette sur le sable blanc et chaud (quoi ? c’est pas donné tous les jours de pouvoir se prendre pour Ariel la petite sirène), ou lecture sous la paillotte en palmier, on s’occupe tranquillement avant le repas. On partira explorer le reste de l’île après le repas… Enfin, ça c’est ce que l’on espère, parce que la météo, elle, en a décidé autrement… Le ciel est en train devenir noir, très très très très noir (il parait que c’est un temps à ce que les puces de plage sortent, mais ça on ne le sait pas encore, parce sinon ce ne serait pas drôle)… Ça sent vraiment pas bon… (On m’annonce en coulisse que le karma est prêt à rentrer en plateau…). Il commence à pleuvoir, d’abord quelques gouttes, puis une bonne grosse averse tropicale…

Bon pour la plage en cette fin de matinée, c’est cui-cui. On décide donc d’aller manger, puisque le repas est inclus. Jusqu’à présent, on n’a mangé que dans de petits restaurants et chez l’habitant et on s’est toujours régalé pour pas cher. Là, ils nous proposent un repas à 20 CUC à peu près… Si l’on en croit la loi du plus c’est cher, meilleur ça devrait être, on devrait se lécher les babines… Et ben, franchement, non, non, et re-non… Alors certes, c’est à volonté, mais franchement, rien à voir avec ce que l’on a pu goûter jusqu’à présent… Et l’ambiance musicale avec deux mariachis qui essaient de faire passer Enrique Iglesias et Alvaro Soler pour des membres du Buena Vista Social Club. Et pourquoi pas la Macarena tant qu’on y est ? Ben quoi ça chante en espagnol aussi ?!?

J’hésite entre mourir de rire et me mettre en colère que l’on prenne à ce point les gens pour des pigeons. De notre table, on peut voir les cannettes jetées sous les pilotis du restau et les tourteaux qui s’éloignent vers une mangrove guère plus propre. L’envers du décor ne doit pas être joli joli et on tient vraiment à ce que l’on reste le plus possible sur la plage, tu vois la scène de Baby Sitting 2 où ils découvrent pourquoi les indiens sont autant remontés ? Ben voilà ce qu’on peut imaginer ne serait-ce que le début de la mangrove…

On voudrait bien aller explorer l’île, sauf que pas de bol, il pleut comme vache qui pisse et c’est pas prêt de s’arrêter… Nous voilà, comme Fantozzi, le héros d’une films italiens des années 80 avec un nuage de pluie au dessus de nos tête qui nous suit partout où que nous allions.

Et là, avec wanderlustdad, on a remercié le seigneur qu’on nous ait affiché deux nuits à 400 balles, sinon on aurait été coincés là-bas sous le déluge universel avec en fond musical tous les tubes de l’été des 30 dernières années, sans arche de Noé pour venir nous sauver…

Après le repas, malheureusement, l’accalmie n’est que passagère, on pourra encore profiter de la plage un petit quart d’heure, avant que l’orage de reparte de plus belle… Et là… Tu te rends compte, qu’à part un cours de salsa en intérieur, il n’y a rien de prévu pour que tu puisses rester à l’abri et au chaud, parce que concrètement, même si il fait 25° tu es tellement trempé que tu te gèles, et qu’il n’y a vraiment rien rien rien à faire… Et qu’il n’est que 14h00 et que le bateau ne partira, peut-être, si la mer est bonne qu’à 16h00…

Nous voilà donc, échoués tels les naufragés du radeau de la Méduse sous le auvent de la réception à attendre que le temps passe… Heureusement que le minischtroumpf s’endort et que son frère a décidé de dresser tous les bernard l’hermite de l’île pour s’en faire des animaux de compagnie… Il va falloir lui expliquer que l’on ne peut pas ramener ses petits camarades clandestinement sous peine de se faire gauler pour trafic d’animaux sauvages… Cela nous permet de passer le temps relativement sereinement en discutant avec un autre guide, qui nous donne quelques conseils de visite pour la suite du voyage et nous explique que le travail avec les touristes lui permet de vivre dignement.

Au bout d’une heure et demie qui en a semblé douze, on nous annonce que le bateau va profiter d’un moment de calme pour partir un peu plus tôt. Je te raconte pas l’effusion de joie et la course ensuite vers l’embarcadère. En trente secondes, on est passé d’une ambiance abomination de la désolation à une ruée vers l’embarcadère qui n’avait rien à envier à l’assaut du PQ que l’on a connu le week end avant le début du confinement. Et tout cela, en y mettant entre temps un temps d’exultation collective digne d’une victoire en coupe du monde… Tout ça pour finir aussi serrés les uns contre les autres dans le bateau que les sardines de Patrick Sébastien…

Ben oui, parce que la mer est très agitée, et pour couronner le tout, il pleut tordu, donc, on est tous amassés au milieu… La tête de wanderlustdad est en train d’imaginer un scenario digne des Dents de la mer dans l’hypothèse où l’on chavirerait et le trajet n’en finit pas… Heureusement que le gentil guide que l’on a rencontré tout à l’heure est là pour lui changer les idées et discuter avec lui. C’est fou quand même cette capacité du temps à sembler tellement long quand on s’ennuie ou qu’on a peur. Cette journée, par beau temps, on ne l’aurait certainement pas vue passée et là, elle a duré 1000 ans.

À l’arrivée, il pleut toujours mais beaucoup moins. Alors que l’on remonte à pieds pour regagner la casa, un bus nous klaxonne et ouvre sa porte. C’est le gentil guide qui nous a tenu compagnie sur le bateau, qui s’arrête pour nous faire regagner la maison au sec. Les garçons jouent les mascottes avec des mamies anglaises en manque de petits-enfants qui leur pincent les joues et leur donnent du so cute. Cette journée à Cayo Levisa aura vraiment été improbable sur tous les plans, et elle ne va pas s’arrêter là.

Après, une douche et une micro sieste pour se remettre de nos émotions, les garçons filent jouer avec leurs copains et nous partons en visite dans la ferme. J’y découvre le moulin à l’ancienne, les animaux en liberté… O. se lance dans un cour de permaculture et d’ornithologie. Il nous explique, à wanderlustdad et moi, les intérêts de l’ananas comme clôture naturelle et sa reproduction, nous montre le nid de Pic à bec ivoire et nous raconte, comment il met tout son coeur à creuser son nid dans un vieux tronc pour attirer sa belle. Il arrive même à nous réconcilier avec l’urubu à tête rouge, qui nous a tellement impressionnés en arrivant. La distorsion temporelle est à l’oeuvre dans l’autre sens cette fois-ci, je n’ai pas vu le temps passer. Je voulais aller aider sa femme en cuisine et quand j’arrive, elle a déjà presque tout fini, j’ai juste le temps d’apprendre à faire les tostones.

D’autres touristes d’une casa voisine arrivent avec leurs hôtes, on les a rencontrés sur l’île et ils sont super sympas. C’est reparti pour l’ambiance musicale, les jeux de dominos et les tours de magie avant de passer à table tous ensemble.

La soirée continue après le repas sous le auvent, avec un boeuf improvisé tellement plus cubain que la daube qu’ont bien voulu nous vendre les Carapichos sur Cayo Levisa.

Voilà une journée bien étrange qui se termine, où l’on se dit qu’au final, c’était un peu le karma, une excursion pas du tout alignée avec nos valeurs et nos habitudes de voyage pour visiter un endroit soit disant paradisiaque ne pouvait pas se passer comme une lettre à la poste. Et puis paradisiaque pour qui ? Au final, pour nous, le paradis n’était pas sur l’île, entourés de nos semblables en tongs et paréo, mais bien ailleurs, avec une famille très accueillante près du petit cochon qui mange des mangues tombées de l’arbre au son de la musique du tres cubano. Une journée, qui se résumerait très bien par le mantra d’Alexandre Jollien : « C’est le bordel, mais c’est pas grave ! »

Un an après, nous sommes toujours en contact avec cette adorable famille qui aux premières infos sur l’épidémie en Europe nous a envoyé des messages pour prendre des nouvelles. Si eux pensent à notre santé, nous on pense aux conséquences dévastatrices du confinement généralisé sur l’industrie du tourisme qui met, mine de rien, pas mal de beurre dans les épinards sur l’île.

De notre côté, on rit encore à chaque fois en racontant les péripéties de cette folle journée, qui, tu le verras dans le prochain épisode, auront un deuxième effet kiss-cool !

Allez je te laisse, je m’en vais rassembler mes idées pour te préparer un super carnet de voyage de La Havane…

A bientôt 😉

Psssstttt : n’oublie pas si ça t’a plu de mettre un petit commentaire ou un petit coeur et qui sait, peut-être t’abonner pour être tenu.e au jus des nouveaux articles ?

En route pour Cuba !

Episode 1 : de Marseille à Viñales…

Et dire que l’année dernière à cette heure-ci, on passait nos premières heures à Cuba… En ces jours de confinement où la boulangerie au coin de ma rue a un parfum d’exotisme, j’ai une folle envie de t’embarquer avec moi dans mes souvenirs de merveilleux voyage…

Après des années d’attente, nous avons enfin réalisé notre rêve, partir en famille à Cuba. Alors ven conmigo ! Pour cette série d’articles façon carnet de voyage, je t’emmène avec nous à travers la plus grande île des Caraïbes. Tu es bien installé avec ton Mojito ? C’est parti.

Vendredi 5 avril : Marseille – Paris

Les vacances de Pâques de la zone B ont à peine démarré que nous voilà dans le Ouigo qui nous amène à Paris, où nous devons prendre le lendemain notre vol pour La Havane. Après un McDo vite avalé à la gare St Charles, on embarque pour un voyage un peu plus long que prévu, compte tenu d’incidents sur les voies… Pas grave, on est en vacances !!! Et quelles vacances! Rien ne saurait entamer notre bonne humeur ! Notre chauffeur Uber a le numéro du train, il sait qu’il faudra arriver un peu plus tard, on appelle quand même au cas où pour prévenir, sait-on jamais…

Arrivés à la gare de Marne-la-Vallée, nous partons à la recherche de notre chauffeur, on fait à peu près tous les minibus du quai du dépose minute. On attend 5 minutes, 10 minutes, on rappelle la société, qui est injoignable… Les loulous sont explosés sur les valises car il commence à se faire tard et ils se sont réveillés tôt le matin pour aller à l’école. 30 minutes passent et ça commence vraiment à sentir le chat noir… Je t’ai déjà expliqué que nous étions les spécialistes des mésaventures en tous genres en voyage ? Finalement, quelqu’un nous rappelle et nous explique qu’il y a eu une faute de frappe dans la recommande de notre course suite au retard du train et que quelqu’un va venir nous chercher d’ici un quart d’heure… Ouf ! le chat noir n’a fait que passer…

Après ce Space Mountain émotionnel, notre van arrive enfin. Nous chargeons nos valises direction le Sofitel d’Orly. Après un passage rapide à la réception, avec un loulou complètement épuisé dans les bras, 2 sacs de 40 litres et une grosse valise, on peut enfin se glisser dans les draps. Il est plus de minuit quand on tombe finalement dans les bras de Morphée. La nuit va être courte, demain on décolle à 10 heures.

Samedi 6 avril : Paris – La Havane – Viñales

Malgré une literie aussi confortable que la baignoire de Kyle dans Kyle XY. J’adorais cette série, ou Kyle l’extraterrestre sans nombril, trouvait un sommeil ultra régénérant dans la baignoire de la famille qui l’avait accueilli et n’aurait dormi ailleurs pour rien au monde… Bref trêve de digressions... Cette nuit là, malgré une literie haut de gamme, j’ai dû me réveiller 20 fois et finir par me lever avant que le réveil ne sonne de peur de rater le vol…

Après un tour rapide de la chambre et la récupération des échantillons de savons qui pourraient rendre service à Cuba, on boucle nos valises pour aller prendre notre petit déjeûner à l’aéroport. On s’installe chez Paul histoire de partir l’estomac plein puis on se dirige vers les comptoirs d’AirCaraïbes pour faire enregistrer notre valise de soute et passer les contrôles de sécurité.

Je déteste ce moment-là, j’ai toujours peur de perdre un truc en cours de route… Le temps d’un passage aux toilettes et d’un remplissage des gourdes, on essaie de se frayer un chemin dans l’aéroport. Pour nous qui n’avons pas l’habitude des aéroports internationaux, Orly est un labyrinthe. On arrive finalement à la porte d’embarquement. L’écran annonce le vol et la destination espérée pendant tant d’années, La Habana, José Martì. On prend une photo pour les copains de la danse qu’on aurait tant aimé avoir dans nos valises. Moi, je peine à y croire… Pu***n ! Ça y est ! On y est ! Manolita Simonet y su trabuco chante à tue tête dans mes oreilles, « Es que La Habana tiene swing, Es por eso que me llama », tiens écoute comme c’est bon c’est cadeau !

On embarque dans l’avion et les garçons sont au comble de l’excitation, ils ont des jeux, et ils découvrent les écrans devant leurs sièges… Moi qui avais peur qu’ils s’ennuient et qui imaginait le scenario catastrophe pour les autres passagers, entre les cahiers, les trousses données par les hôtesses, les dessins animés. On ne les a pas entendus de tout le voyage et les 10 heures de vol sont passées comme une lettre à la poste.

20 heures de Paris, arrivée sur le sol cubain. Il est 14h et les garçons n’ont pas dormi, la fin de journée s’annonce costaud, sachant que nous avons plusieurs heures de route avant d’arriver à notre casa du soir à Viñales.

On nous avait dit que le débarquement pourrait prendre plusieurs heures le temps de récupérer la valise et de passer les contrôles. Au final, en 30 minutes on est dehors et prêts à faire la connaissance de C. qui nous accompagnera pour une bonne partie de nos aventures cubaines.

Pendant que wanderlustdad va changer l’argent dont nous aurons besoin pour cette première partie de séjour, je m’imprègne de l’air de Cuba. Autour de nous au milieu des touristes à chapeaux de paille, des cubains viennent échanger leurs CUC en Pesos Cubains. Certains d’entre eux, avec leurs grosses bottes, leurs chaînes en or avec des mailles larges comme le doigt, leurs stetsons et leurs énormes cigares font un peu cliché du vaquero, le cow boy à la cubaine. La première expérience de wanderlustdad avec les employés cubains des bureaux de change n’est pas des plus sympas, il doit râler pour se faire rendre la totalité de l’argent qu’il doit encaisser au change… Petite arnaque n°1 : il faut toujours vérifier ses billets et recompter sa monnaie sous peine de mauvaises surprises.

Il est donc temps de nous rendre à la voiture, l’équipe de l’hôtel Malecòn 663, qui nous a accompagné dans l’organisation de notre voyage ne s’est pas moquée de nous. La voiture qui nous attend est une limousine russe datant de la guerre froide. D’après C., il n’en existe que 10 dans toute l’île et elle aurait même transporté Fidel Castro… Quelle est la part de la légende dans tout ça ? Je n’en sais rien, on ne le saura jamais et concrètement, ce n’est pas très important pour nous, je suis presque gênée de tout ce luxe… Mais on est à Cuba, ENFIN !

C’est en espagnol que l’on discute avec C., tout au long du trajet qui nous mène vers Viñales, de Cuba, du mode de vie, des étapes qui nous attendent puisque nous allons être amenés à nous revoir plusieurs fois. Nous parlons de nos familles respectives, et de ce qui nous amène ici. Tout est découverte pour nous. L’autoroute, si différente de celle que l’on connaît en Europe avec ses voitures d’époques, ses taxis, ses bus et ses camions qui semblent sortis d’un film des années 50, ses charettes… Nous qui trouvions que l’autoroute italienne qui va de Salerne à Reggio Calabria était en mauvais état, on peut maintenant relativiser. Il nous explique que les cubains, font du stop avec de l’argent selon la distance qu’ils ont à parcourir, que les taxis jaunes sont pour les touristes et les taxis noirs sont pour les cubains, que les touristes voyagent dans des bus climatisés et que les cars historiques que l’on a pu croiser ne sont que pour les cubains. Cette ségrégation me met un peu mal à l’aise, il va falloir vivre avec ça pendant tout le séjour…

Il nous montre aussi les plantations de bananes, de palma real et de palma barricona qui sont des espèces de palmiers que nous retrouveront souvent sur l’île et qui servent à la fabrication de toutes sortes d’objets.

Sortis de l’autoroute, un autre monde s’ouvre à nous, les virages nous rapprochent de la Vallée de Viñales et les premiers mogotes apparaissent. On traverse plusieurs hameaux au pas, les cochons sont au milieu de la route, tout comme les poules. Ça crie, ça joue, devant les maisons. Les urubus des montagnes, l‘aura tiñosa en espagnol, planent au dessus de nos têtes. La vie à la campagne, quoi !

Ce soir là, on ne fait qu’un passage éclair à Viñales. Notre casa est à trois kilomètres à l’extérieur de la ville, près de la fresque de la préhistoire, au coeur des montagnes.

Après 3 heures de route, on arrive enfin dans ce petit coin de paradis que nous a trouvé l’équipe de La Havane, la casa Mogote Art. J’avais vu quelques photos sur internet mais, en descendant de la voiture, je suis soufflée. On est en plein milieu des montagnes, dans ce qui devait être sûrement un séchoir à tabac réhabilité avec soin. Le jardin est immense et on a tous un peu les yeux qui brillent. On salue C. que l’on retrouvera à La Havane dans une semaine, et on se plie pour la première fois aux formalités d’usage dans chaque casa. On rentre nos valises dans les deux chambres qui nous sont réservées et l’on se dirige vers le jardin pour faire connaissance avec la maison et nos hôtes, leur petite fille et leur chien. Puis pendant que les garçons se dégourdissent les pattes dans le jardin, avec wanderlustdad, on se vautre comme des larves dans des hamacs en regardant le paysage tout en continuant de nous frotter les yeux comme pour se rassurer que l’on est bien réveillés.

Ce soir là, nous avons demandé à manger très tôt pour pouvoir aller nous reposer. À 19h00 heure de Cuba, il est mine de rien, 1h00 à l’heure de Paris. Après un mojito de bienvenue, nous mangeons donc un repas typique fait de salade de tomates et concombres, de moros y cristianos (du riz en sauce de haricots rouges) et de ropa vieja, un ragoût de viande de porc. Tout y est excellent !

Dimanche 7 avril

Ce matin là, j’ai eu un peu de mal à ouvrir les yeux, tellement peur de me réveiller et de me retrouver dans ma chambre, mais non, on est toujours bien à Cuba, il fait jour, la nuit a été agréable de mon côté… Wanderlustdad ne peut pas en dire autant, il a eu dans sa chambre une invitée surprise, cette nuit qui a voulu lui montrer sa jolie voix… Qui sait, peut-être une princesse cubaine qui aurait été transformée par une vilaine sorcière et qui cherchait un prince pour lui rendre forme humaine ? Mais que nenni très chère, wanderlustdad ne mange pas de ce pain là, et il a dû jouer à la chasse à la grenouille en pleine nuit pour attraper la coquine et la libérer dans le jardin… C’est l’anecdote qui nous fait le petit déjeûner…

Le petit déjeûner est copieux, oeufs, pain, petits gateaux, beurre, fruits du jardin, jus de fruits, café, lait… Ça ne s’arrête pas. Les fruits n’ont vraiment rien à voir avec ceux que l’on peut manger en France, l’ananas cueilli sur la clôture est exceptionnel. Moi qui ne pouvais plus en manger alors que j’adore ça pensant y être allergique, je redécouvre le plaisir d’en manger…

Nous demandons conseil à notre hôte pour une visite à cheval pour l’après-midi et nous prenons à pieds le chemin pour Viñales. Sur les 3 kilomètres qui nous séparent de la ville, on longe les champs, on redécouvre des techniques agricoles disparues et on prend le temps d’observer les maisons, la façon dont les gens se déplacent. La route est goudronnée mais il y a très peu de voitures, beaucoup de charettes, de vélos ou de cavaliers.

À notre arrivée, on remarque plusieurs attroupements. L’un pour la distribution de nourriture et l’autre pour une manifestation culturelle du parti. On continue sur la grande avenue, il y a des ballons, des écoliers en uniforme, des médecins en blouse blanche et des personnes âgées, des affiches à la gloire de Fidel et d’autres qui incitent à se protéger des MST. On en déduit que c’est peut être une journée de dépistage ou d’animation autour de la santé.

Midi approche et il faut que l’on trouve un endroit où manger. Devant chaque restaurant, un serveur nous propose de venir nous installer, on choisira finalement le restaurant El Gallito parce qu’il propose un compromis entre la cuisine cubaine que l’on veut découvrir et les pâtes pour les petits et qu’il est raisonnable en termes de prix. Bon pour être honnête ce sera pas le meilleur repas que l’on aura fait sur l’île mais c’est correct.

Comme nous avons rendez-vous à 14h pour notre balade à cheval, on reprend la route à pieds vers la casa. Une famille en charrette nous arrête sur le chemin et nous propose de nous déposer au passage contre quelques CUC, qu’à cela ne tienne, on gagnera un peu de temps. Sur les 10 minutes de trajet, le Havana Añejo Blanco coule à flot, ils vont fêter l’anniversaire de la petite à l montagne, nous on décline poliment, le rhum avant le cheval non merci… On descend à quelques pas de la casa en leur souhaitant une belle journée en famille et on profite de la demi heure qu’il nous reste pour écrire, jouer ou nous reposer.

L’heure fatidique arrive enfin, si trois d’entre nous attendent cela avec grande impatience, Wanderlustdad, lui n’est pas très rassuré. Il faut dire que sa seule expérience équestre en Camargue date de l’année de notre rencontre et qu’elle est restée dans les annales familiales comme un grand moment de solitude pour lui et de rigolade pour nous. Son cheval avait passé toute la balade à manger et ne s’était réveillé que dans une descente où notre cher papa avait failli finir les quatre fers en l’air.

Nous partons donc chacun sur un cheval, même wanderlustminischtroumph, pour qui c’est la première fois mais qui s’en sort comme un chef grâce à l’aide de nos deux guides. Nous traversons montagnes et plantations de tabac sous un ciel un peu chargé. Au bout d’une heure, nous nous arrêtons pour un petit ravitaillement dans une cabane perdue au milieu de nulle part, près d’une plantation artisanale de tabac. Nous buvons tous un petit coup, puis nous repartons nous installer dans le séchoir pour une présentation de la culture du tabac et de la fabrication des cigares. Nous y apprenons que les guajiros, les paysans cubains qui choisissent de planter du tabac, doivent vendre 90 % pour cent de leur production à l’Etat. Les graines de la plante de tabac sont vraiment minuscules et leur culture demande beaucoup de travail entre les semis, la mise en terre des plants, la récolte des différentes qualités de feuilles et les multiples phases de séchages. Globalement, pour en arriver à la feuille qui sert à rouler un cigare, il faut à peu près un an, un an et demi…

Après cette présentation, très intéressante nous reprenons le chemin vers notre casa où nous rentrons nous reposer pour cette fin de soirée.

Lundi 7 avril

Après un réveil encore matinal – nous ne nous sommes pas encore tout à fait mis à l’heure cubaine – nous bouclons les valises car nous partons dans l’après midi pour Palma Rubia, près de Cayo Levisa. Cette nuit, c’est moi qui dans ma chambre ai eu la visite d’une jolie petite chanteuse verte. Wanderlustdad dormait déjà, heureusement notre hôte est venu à ma rescousse et la petite grenouille a retrouvé le jardin.

Nous avalons notre petit déjeûner encore une fois copieux et nous demandons où trouver une plantation de café qui pourrait être visitée. Par chance, il y a en une a quelques centaines de mètres de la casa. Nous partons donc sur le sentier qui mène aux montagnes. Au bout de quelques minutes de marche, nous rentrons sur une petite exploitation familiale, nous nous approchons des bâtiments et expliquons que nous souhaiterions visiter leur plantation de café. La maman, visiblement pas très à l’aise, nous envoie son fils, qui nous explique comment se produit le café. Il nous présente leurs arbres, nous parle des différentes étapes de leur production, de la floraison, à la cerise du café qui doit d’abord sécher puis être torréfiée dans le petit poêle prévu à cet effet, el calderito que chante si joyeusement Compay Segundo, puis moulu… (Tiens écoute ça et fais toi couler un café, ça va faire du bien à tes oreilles 😉 )

Pendant que sa maman, nous prépare un café, il nous parle de la vie à la ferme, nous demande d’où l’on vient et on découvre que sa copine est presque une voisine, elle est partie faire quelques courses à Viñales mais ne devrait pas tarder. C’est fou comme le monde est petit… Elle, elle a quitté de Sud de la France pour Cuba par amour. Ils ont un beau projet de ferme en permaculture tous les deux, leur potager est magnifique et ils accompagnent les touristes à travers les montagnes pour des excursions à cheval, tiens, si on l’avait su plus tôt (mais on n’avait pas fait le tour des expériences possibles sur airbnb où ils ont leur mis en avant leur activité)… Je ne sais pas combien de temps on a pu passer à discuter ensemble autour de ce café, un grand moment sûrement à échanger des recettes de permaculture, de conservation des légumes lorsque l’on manque des ingrédients essentiels comme l’huile et le sel, à parler de l’évolution de la culture paysanne cubaine, de la place des femmes et des difficultés liées à l’approvisionnement lorsque l’on a pas de ressources terriennes. Avec wanderlustdad, on aurait pu y rester des heures, ce sont les schtroumphs qui nous rappellent à l’ordre, ils s’ennuient un peu. Après une photo souvenir tous ensemble et l’achat de quelques bouteilles de café en grain qui auront quand on rentrera à la maison, le goût des montagnes de Viñales, on se salue et on repart à la recherche d’un endroit où manger près du mural de la préistoria.

Avant de rejoindre la route principale qui va vers Viñales, nous trouve un petit restaurant familial, la cafeteria El Cimarron, on ne veut pas trop s’éloigner parce que l’heure tourne et notre taxi ne tardera pas trop à arriver. On s’intalle donc en pleine campagne, dans cet endroit perdu au milieu des champs avec en fond cette fameuse fresque. On a adoré l’esprit campagne du lieu, les poules sont en liberté et tournent autour de nous pendant que l’on mange. La cuisinière, une mamie très sympathique passe à plusieurs reprises s’assurer que ce qui est sur la table plait aux petits et qu’ils mangent à leur faim, elle est vraiment adorable. Nous on se regale du poulet, du manioc et des beignets de banane plantain, les tostones. L’addition est franchement raisonnable, sans surprise.

A la fin du repas, on se remet en route vers notre casa, où après les dernières vérifications, on boucle nos valises et on salue nos adorables hôtes. Notre taxi arrive, il est temps de quitter la merveilleuse vallée de Viñales pour Palma Rubia et Cayo Levisa…

Mais ça, ce sera une autre histoire…

J’espère que cette petite escapade dans la vallée de Viñales aura été à ton goût. N’hésite pas à t’abonner pour découvrir la suite de nos aventures à Cuba et ailleurs.

A bientôt 😉

Voyage : et si on passait en mode slow…

Photo de Valeriia Miller sur Pexels.com

Il y a un bon moment que je réfléchis à un article sur le slow travel. Pour les non anglophones, on pourrait traduire ça par voyage lent… Je sais, ça sonne un peu comme un contresens mais en ce moment, l’oxymore semble-t-il est à la mode…

Je tourne, je retourne, j’écris, je réécris, dans mon carnet avec mon stylo de l’ancien temps (traduire un stylo à plume) comme disent les schtroumpfs (sales gosses !!!) avant de taper la bonne version. Bref, comme certains voyages, l’article était dans le tiroir depuis quelques temps, attendant de mûrir un peu.

La vie de tous les jours et son rythme à 100 l’heure, malgré une furieuse envie de ralentir m’empêchaient de me poser et de remanier cet article qui me tient vraiment à coeur. Et puis est arrivée une micro bébête qui a mis tout le monde à l’arrêt et qui nous oblige tous à lever le pied de nos existences de dingues. Ayant à présent, sur mon canapé, à peu près le même rythme cardiaque qu’un paresseux léthargique (j’adore les paresseux, ils ont tout compris au slow travel, eux), j’ai enfin le temps de peaufiner le bébé…

Comment on arrive là ?

Pendant de nombreuses années, je considérais que les vacances n’étaient réussies que si elles ressemblaient à une entrainement pour le Marseille-Cassis. Longuement préparées à l’avance, planifiées au 1/4 de seconde près. Il s’agissait d’en faire / voir le plus possible et souvent en peu de temps. On aurait sûrement jamais l’occasion de refaire le voyage alors il fallait tout faire dans l’urgence. Résultat : tension, fatigue, frustration, crise de pleurs de schtroumphs fatigués, déception et sentiment de vacances râtées… Au lieu d’être des parenthèses qui permettaient de se reposer, elles n’étaient au final que la continuité de la course du quotidien.

Carl Honoré - Eloge de la lenteur.

Et puis un jour, au fil de mes lectures, je suis tombée sur un livre qui a changé mon rapport au temps, pendant les vacances mais aussi dans la vie quotidienne. A l’époque du toujours plus vite, L’éloge de la lenteur, de Carl Honoré est un petit saumon qui nage à contre courant… Tu noteras qu’aujourd’hui, je suis dans la métaphore animalière… C’est un petit bouquin qui coûte une misère, mais ce sont peut être les 3,50 € les mieux investis de ces dernières années. Si tu ne l’a pas sous le coude et que tu t’y intéresses quand même, il a aussi fait une super conférence TED. C’est plus rapide que le livre mais le gros de l’idée est là…

Son questionnement est le suivant : si on ralentissait, qu’est ce qu’on y gagnerait ? À l’heure où Netflix nous propose de regarder nos séries préférées en accéléré pour en voir toujours plus. Il nous amène donc avec lui faire le tour des différents aspects de notre vie quotidien à travers les figures du mouvement Slow. Tout y passe, de l’aménagement urbain, à la cuisine en passant par le travail et l’amour. J’aime assez l’idée de l’adapter au tourisme… Mais comment faire quand, comme nous tes journées devraient durer 48h et que tu n’es pas un adepte du farniente ?

Le slow-living comme mode de vie

Il y a quelques temps, lorsque je racontais mes journées à ma mère le soir au téléphone, je me donnais le tournis toute seule. Et cours à droite, et cours à gauche et fais vite ci, et fais vite ça et termine ça en urgence, et me**e la deadline est dépassée, c’est quand la dead-dead line ? Je sens que tu connais ce sentiment…

Quand je me couchais le soir, j’avais l’impression que mes jambes et mon cerveau continuaient à courir seuls sans arriver à s’arrêter… C’est là que je me suis rendu compte que la seule vraie urgence dans ce quotidien qui finissait par me dépasser, c’était celle de ralentir. Mais comment faire ?

Faire le point sur les priorités

J’admire les gens organisés qui arrivent à tout gérer, en ce qui me concerne, au quotidien, je suis un vrai bazar… Dans le sketch des « Mamans calmes » de Florence Foresti, j’aurais plutôt tendance à être l’autre, celle qui arrive les cheveux en vrac, pas maquillée, en baskets et dépose les enfants en cata…

Mais il arrive un moment où prendre le temps de se poser, pour faire le point sur ce qui est important, ce qui ne l’est pas et surtout ne pas transiger sur ce qui est prioritaire pour toi devient LA priorité de toutes les priorités si tu veux ralentir. Miracle Morning, bullet journal, blog sur le thème du slow-living, internet regorge d’astuces pour t’aider à ralentir et à mettre un peu de hygge dans ta vie. Reste plus qu’à trouver celle qui t’inspire…

Accepter que tout ne soit pas parfait

Alors ça… Pour quelqu’un d’hyper perfectionniste, c’est peut être le plus difficile… Laisser de la place à l’imprévu et arrêter de vivre dans la frustration de ta maison que tu n’arrives pas à ranger et qui ne ressemble pas à ton tableau pinterest d’inspiration déco, de ton plat qui ne ressemble pas à la photo du livre de recette… C’était de l’ordre du surréaliste…

Et puis un jour, tu tombes sur LE Mantra, la phrase que tu voudrais voir écrite sur tous les murs… « C’est le bordel, mais c’est pas grave ». Elle n’est pas de moi, elle est tirée de La sagesse espiègle d’Alexandre Jollien mais il a tellement raison, au final, est-ce vraiment grave ? Il parait que les gens bordéliques sont plus créatifs… Tu sens la nana qui essaie de te convaincre que le bordel a du bon… Bientôt, elle va citer Einstein et son sens naturel de l’ordre pour justifier le fait qu’elle n’arrive à rien retrouver dans le bazar de son bureau…

Et si on laissait notre vie aller un peu comme on laisse vivre un jardin en permaculture ? Car au final, en permaculture, les déséquilibres finissent toujours par se rétablir en laissant faire le temps et la nature.

Être au clair avec son rythme

Ralentir ne signifie pas être à l’arrêt complet, hein. Pour moi ralentir c’est savoir lever le pied quand il faut, respecter les limites de vitesse et les indices qui t’invitent à appuyer délicatement sur le frein quand c’est nécessaire, sans piler n’est-ce pas ?

Dans l’éloge de la lenteur, Carl Honoré, dédie tout un passage sur la vitesse au volant et ce qu’elle nous fait gagner sur le long terme… Au final c’est dérisoire comparé aux risques que l’on encourt. À foncer la tête dans le guidon, on finit par ne plus voir le paysage et à fonctionner comme des robots.

Plus loin, il nous parle aussi de la nécessité de se ménager de vrais moments de pause pour rester productif, car c’est souvent dans ces moments de déconnexion que viennent les éclairs de génie… Pense à Newton et à sa pomme…

Bref, être au clair avec son rythme c’est accepter avec bienveillance que l’on a tous des moments où l’on pourrait déplacer des montagnes et d’autres où l’on a juste besoin de se retrouver dans sa grotte et apprendre à mettre à profit chacun de ces moments pour avancer ou au contraire reprendre les forces nécessaires pour repartir.

Et en voyage, ça donne quoi alors ?

Bon c’est bien joli tout ça, au quotidien, c’est déjà un chantier à mettre en place. Mais en voyage alors ? Et bien justement, c’est peut être plus simple de le tester à l’essai sur une période courte avant de commencer à le mettre en place dans la vie de tous les jours…

Faire le point sur les priorités

Avant de partir, si tu veux voyager à ton rythme, il est indispensable de faire un point sur les incontournables des uns et des autres (visite, bar, restos, expériences…). Lister les coups de coeur de chacun permet de voir quels vont être les temps forts de toute la famille. Certains seront peut-être partagés, se combiner, d’autres seront peut-être individuels, peu importe. Connaître les envies de chacun permettra aussi d’éviter les frustrations et les « J’avais trop envie de faire ça et au final on l’a pas fait ».

Bien sûr, mieux vaut éviter d’avoir une liste d’envie longue comme le bras avec des lieux situés aux quatre coins de la ville. Sinon, on retombe dans les travers dont il était question au départ et on repart sur des vacances marathon. Prévoir une à deux visites par jours selon le temps à dispo et laisser de la place à l’imprévu…

Accepter que tout ne soit pas parfait

Wouaw cette transition de malade… Bon tu l’as compris, une fois sur place, l’idée c’est de suivre le mood du moment et accepter le fait que tout ne soit pas parfait.

Il y aura toujours du mauvais temps, trop de monde, de la fatigue, ça fait partie du jeu alors au lieu de pester contre les douze millions de personnes qui ont eu la même idée que toi au même moment, fais comme le saumon, voyage à contre courant… Renseigne-toi sur les horaires d’affluence dans les musées et sur les différents sites et profite des heures creuses pour visiter et des heures de pointe pour te poser, prendre un café, te balader dans un parc, laisser les enfants se dégourdir les pattes et se faire des copains, discuter avec des gens. Pour nous, c’est aussi ça le sel du voyage…

Combien de fois, la rencontre impromptue, le truc surréaliste t’est arrivé en voyage au moment où jamais tu ne l’aurais cru ? Chez nous ça arrive tout le temps :

  • Trouver la petite boutique super top au milieu d’une ruelle perdue
  • Retourner voir des hôtes que l’on a adoré et faire un détour de 200 km en Finlande parce que wanderlustschtroumpf n°1 a oublié chez eux son seul blouson, qu’il fait 10 degrés dehors et repartir avec presque un kilo de myrtilles gentiment offertes et passer ta soirée à faire de la confiture au Pôle Nord pour pas gâcher parce que c’est pêché
  • Pousser la porte d’une casa de cultura a Cuba et se retrouver à danser avec un groupe de jeunes une rueda endiablée

On pourrait tenir la liste comme ça longtemps. Les meilleurs souvenirs arrivent souvent quand et là où tu ne les attends pas… Des anecdotes comme ça on en a à la pelle depuis qu’on laisse venir à nous les choses…

Être au clair avec son rythme et avec ses envies…

Bon le tien, celui de ta famille, mais aussi celui de l’endroit qui t’accueille parce que si tu as l’intention d’aller te coucher à 21h00 en vacances l’été à Ibiza, ça risque d’être compliqué…

Quand tu es le deux millionième touriste croisé dans la journée dans une ville déjà surchargée, il est clair que les habitants ont à la fois, moins le temps et moins l’envie de t’accueillir car ils ne se sentent plus chez eux. Vois le nombre de villes qui s’élèvent contre le tourisme de masse alors que pour elles c’est le revenu d’activité principal.

Il est clair que si tu as envie de calme et de solitude, prendre les itinéraires bis et voyager hors saison sont des options à envisager aussi bien pour ta tranquillité que pour ton portefeuille. Si tu manques d’inspiration pour choisir ta destination, tu peux toujours aller jeter un coup d’oeil sur le site des cittàslow.

Au delà des heures creuses dont je te parlais tout à l’heure, profite des moments où toute la famille se sent bien pour visiter et des coups de mou pour vous poser. Rien n’interdit dans ces cas-là si certains sont encore d’attaque de faire des groupes, ce sera autant de choses à se raconter en se retrouvant le soir à table.

Voyager slow, c’est aussi choisir sa destination et son moyen de transport en conséquence.

On le voit depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, désertés par les touristes, les canaux de Venise reprennent vie. Les poissons renaissent, les oiseaux se remettent à barboter au pied des gondoles à l’arrêt. Les Vénitiens se réapproprient leur ville.

A force de toujours vouloir en voir plus et plus vite, on met en danger les merveilles que l’on souhaite admirer. Venise n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Voyager slow, c’est aussi s’interroger sur ce qui fait le sens du voyage pour chacun de nous. Et si au final, ce n’était pas tant bouffer des kilomètres pour se retrouver à l’autre bout de la terre en une journée quand pour nos grands parents, une telle aventure prenait dans le meilleur des cas plusieurs semaines, que de se mettre en chemin ? Et si voyager slow, c’était se poser et essayer de voyager plus éthiquement, en respectant l’environnement et en faisant travailler les petits commerces locaux, participer à la vie d’un village ou d’un quartier ? Et si c’était être moins un touriste et plus un visiteur, quelqu’un qui n’est que de passage mais qu’on prendra plaisir à revoir si l’occasion se présente ?

On peut voyager slow de 1001 façons, à pieds, comme le pèlerin de Compostelle, à vélo, à dos d’âne comme Stevenson, en mobylette comme le Che, en camping-car comme Ivan Jablonka (il faudra que je vous parle de ce livre un de ces quatre, je l’ai adoré) en train (avec un pass Interrail, tu peux aussi aller jeter un coup d’oeil au guide Slow train, il est top)… Tous les moyens sont bons si tu prends le temps de réfléchir à tes motivations et à leurs conséquences sur le lieu que tu visites et de t’accorder des moments pour souffler vraiment, et d’offrir à ton âme ce qu’elle est vraiment venue chercher au bout de ce voyage.

Reste plus qu’à trouver la tienne et te mettre en route avec ta mauvaise troupe 😉

À bientôt 😉

L’art de voyager sans partir loin éd. Lonely Planet

L’art de voyager sans partir loin, éd. Lonely Planet

En ces temps étranges de confinement, la wanderlust family est coincée à la maison et obligée de reporter ces aventures de printemps à une date ultérieure. Mais même depuis son canapé, il est encore possible de voyager et sans allumer la télé.

C’est ce que nous propose ce guide un peu atypique de chez Lonely Planet. J’y suis tombée dessus par hasard alors que je cherchais un cadeau d’anniversaire pour wanderlustdad l’année dernière et je me suis dit que ce serait chouette d’avoir un vivier d’expériences de voyage sans exploser notre PEL ni s’en sortir avec un méga bilan carbone… Je t’ai déjà parlé de ma réticence à acheter un guide touristique qui finira ensuite par trôner sur une étagère façon ramasse-poussière. L’avantage de celui-ci, c’est son côté couteau suisse. Il marche aussi bien pour un week-end où tu es chez toi et que tu n’as rien à faire, que pour un voyage à l’autre bout de la Terre avec ses suggestions de visites alternatives qui marchent partout. Où que tu décides d’aller, il peut sauter dans ton sac à dos.

L’idée du guide est simple, (ré)apprendre à regarder notre jardin, notre quartier, notre ville ou notre région sous de nouveaux points de vue. À travers cinq catégories (éveil des sens, en bonne compagnie, chiche, odyssées culturelles et voya-jouez aux dés), il nous propose 50 expériences de tourisme alternatif sous le pas de notre porte ou presque.

Bon OK, pour le moment, exit les tournées des bars, les randos-street art, et les cueillettes urbaines, mais on peut encore tenter :

  • l’expérience N°4 : changement d’échelle qui propose de faire le tour de votre quotidien avec un objectif macro, un portable avec un bon zoom peut aussi faire l’affaire. L’idée étant de rendre les détails du quotidien poétiques et de faire de jolis photos pour ta collection perso ou pour agrémenter ton instagram… ça se tente non ?
  • l’expérience N°5 : le monde à croquer qui nous fait découvrir les cuisines du monde en suivant l’ordre alphabétique. Ça t’inspire moussaillon ? Alors pars à l’assaut de ton frigo avec à la main ta bible de la cuisine. Où iras-tu en premier ? Argentine ? Albanie ? Angleterre ? Algérie ?…
  • l’expérience N°6 : l’inventaire volatil qui consiste à observer les oiseaux depuis notre fenêtre… Je l’ai testée la semaine dernière depuis le pas de ma porte et j’ai été très agréablement surprise de voir le ballet de petits oiseaux dont je ne connais pas le nom parce que je suis une quiche en ornithologie, dans l’abricotier en fleurs de mon voisin.
  • l’expérience N°9 : thalasso improvisée si comme nous, tu télé-travailles, tu joues la maîtresse avec tes gosses tout en continuant de faire tourner la maison, tu as vite fait de finir ta soirée en mode parent au bord de la crise de nerfs. Ici l’idée est de t’offrir une séance de thalasso DIY dans la salle de bain d’un pote… Alors vu le contexte on laisse tomber l’idée d’aller se faire couler un bain chez des amis, mais on dit oui oui oui à l’idée d’allumer quelques bougies, de se faire un bon masque, une manucure, une gommage ou je ne sais quoi et s’accorder un peu de douceur…
  • l’expérience N°12 : ma tente sur ma pelouse, n’ayant pas de jardin, on ne peut pas la tester celle-ci, et puis il fait encore un peu froid, mais l’idée de faire de faire un barbeuc’ chamallow et de dormir à la belle étoile au fond du jardin ça a un petit goût Koh Lanta en ce moment, non ?
  • l’expérience N°17 : Dog-trotter. Elle nous propose de faire le tour du quartier en suivant Médor. En ce moment, certains d’entre nous sont bien contents d’avoir un tout à sortir pour aller prendre un peu l’air. Alors pour le remercier, si on sortait un peu des sentiers battus et qu’on le laissait maître de la promenade pour une fois ? Tout en respectant les gestes barrières bien sûr et sans s’éloigner du pâté de maison…
  • l’expérience N°38 : avec Tourisme ès lettres, range ton passeport, point n’est besoin d’avion, ni de train, de toutes façons, ils ne décollent plus en ce moment. Le principe de ce voyage littéraire, prendre le livre le plus en haut à gauche de ta bibliothèque, et lorsque vous y rencontrez le nom d’une ville ou d’un pays, fermez ton livre et rends toi dans un autre livre de votre bibliothèque qui parle de cette nouvelle destination. Et ainsi de suite sur une dizaine de livres. Jusqu’où iras-tu, avec quels compagnons et par quels chemins ?
  • l’expérience N°39 : Passé récomposé te propose de revisiter tes plus belles photos de vacances depuis ton salon ou ta terrasse. Envie de soleil et de tropiques, ressors ton hamac et prend un bain de soleil sur ton balcon ou prépare-toi un bon cocktail…

Ceci n’est qu’un condensé de quelques expériences faisables en ce moment. Il y en a plein d’autres super chouettes qui n’attendent que les beaux jours et la fin de la quarantaine pour qu’on les essaie.

Ce qui me plait dans ce livre, c’est avant tout son esthétique, il est beau… J’adore aussi l’esprit et le côté décalé de certaines propositions, les photos à tomber et les petits en-quarts « ils sont testé » pour chaque expérience avec les points positifs et les points négatifs. Il me fait un peu penser au bouquin de Keri Smith How to be a world explorer qui est trop génial mais qui malheureusement n’existe pas encore en français et qui nous propose différentes balades pour nous réapproprier notre petit monde quotidien.

J’espère t’avoir donné quelques idées pour traquer l’ennui de ces longues journées. Et t’avoir donné l’envie de courir faire un gros bisou à ton libraire de quartier dès le confinement terminé pour l’ajouter à ta collection de guides. Prends soin de toi cher lecteur…

À très vite 😉 …

Notre kit de survie pour un voyage de plusieurs heures dans un espace clos

Photo de Lina Kivaka sur Pexels.com

Les vacances viennent de démarrer et avec elle son lot de départs et de longues heures de voyage. Même si les wanderlustschtroumpfs ont été habitués depuis tout-petits à des voyages en voiture de plusieurs milliers de kilomètres plusieurs fois dans l’année, il n’en demeure pas moins que le temps est long pour tout le monde… Pour nous les adultes, pas question de voyager de nuit car si les enfants peuvent dormir, ce n’est pas notre cas et impossible de démarrer une journée avec tête ressemblant à un tableau de Picasso au sommet de sa période cubiste quand les schtroumpfs, frais comme la rosée du matin, se réveillent en mode pump it up ! (Tu vois la scène ?)

Alors pour survivre à cette épreuve ultime épreuve qui te rapproche du Graal tant attendu de tes vacances, je te propose de découvrir le kit de survie qui nous accompagne maintenant depuis quelques années avec le moins d’écran possible parce qu’après la tranquillité de l’écran tu dois souvent composer avec son deuxième effet Kiss Cool, l’agitation et dans un espace clos, ça peut vite devenir dur à gérer. Tu trouveras quelques variantes en fonction de l’âge des loupiots.

Un carnet et des crayons de couleurs

Carnet de coloriage, simple cahier ou cahier d’activités, les garçons adorent, dans la voiture, dessiner, colorier ou écrire des histoires ou faire des petits jeux à partir de leurs héros préférés ou des choses qu’ils ont pu rencontrer sur le trajet…

Pour des questions pratiques, on préfère les crayons (aquarellables) aux feutres.

  • Les crayons, c’est zéro déchet puisque c’est compostable et la planète te dit merci… (Oui je sais dans un trajet à émission carbone +++ c’est super cohérent tout ça…)
  • Les crayons c’est moins embêtant que les feutres car si tu perds un bouchon dans la voiture, avant de t’arrêter pour le retrouver t’es un peu embêté…
Carnet format A6, Hema 1,5€

Côté carnets, on aime bien ceux de Hema pour leur petit prix (1,50 € le format A6 et 2,50€ le format A5) leur couverture en carton sur laquelle on peut dessiner aussi ou coller les tickets de visites, et leur format mini qui rentre dans le sac à dos et qui nous évite de nous balader avec 500 feuilles volantes dans la voiture, le train ou l’avion. Seul bémol l’élastique ne tient pas toujours très bien.

Pour les carnets d’activités, c’est un peu selon l’humeur du moment. Si on a passé la période stickers et gommettes (tellement cool pour la concentration et le calme que ça procure pendant une heure), en ce moment on est dans les livres-jeux. Je te laisse faire un tour chez ton libraire pour trouver celui qui te laissera des heures de paix, chez nous en ce moment c’est à base de Pokémon ou du Loup en slip, miniwanderlustschtroumph est complètement fan de cette BD qui le fait hurler de rire. A faire tous ensemble, on a aussi adoré Saccage ce carnet partout de Keri Smith qui nous a occupé sur la route et nous a suivi pendant tout un été. C’est tellement jouissif de gribouiller, déchirer, coller et faire tout ce qu’on a d’ordinaire pas le droit de faire sur un livre !!! On s’est tellement amusés que j’en ai acheté un nouveau pour notre prochain séjour à Disneyland Paris, mais chuuuut ! C’est une surprise !

Un livre

Je t’entend déjà dire, « mais ils vont avoir mal au coeur ! » ou « et si ils savent pas encore lire »… Pour le mal au coeur, je ne peux que te dire, c’est toi qui gères… Pour le fait de savoir lire ou pas, les nôtres ont toujours eu des livres à disposition en voiture, souvent des gros imagiers ou des cherche et trouve sur les animaux sauvages parce qu’ils adoraient ça avec de plein de belles images et de détails pour les occuper.

Maintenant qu’ils sont plus grands, BD, Manga ou guides adaptés aux enfants (les documentaires sur les villes de chez Kididoc, la collection expliqué aux kids de Lonely Planet…) et ils sont aux anges…

Des petits jeux de sociétés

Petite, je me souviens que pas un départ en vacances ne s’accompagnait par la préparation dans le sac à dos de tout un tas de mini jeux de société avec des mini-dés et des pièces magnétiques dont on passait notre temps à chercher les morceaux dans la voiture. Pour les garçons c’est la même chose.

Leurs chouchous sont chez Djeco (Bataouaf) et Bioviva (dans la famille Défi Nature) pour leur tout petit format, leur petits prix et leur conception qui ne nécessite pas forcément de savoir bien lire pour y jouer, contrairement à un 7 familles classiques par exemple. Ils ont l’avantage de se jouer sans la présence de l’adulte une fois qu’ils ont compris comment ils fonctionnent.

Mais ils adorent aussi jouer sans support matériel aux devinettes et là pour le coup tout le monde est sur le pont, même papa et maman.

Des histoires et toujours des histoires…

Nos schtroumphs sont de grands fan d’histoires, ils adorent ça. Alors pas question d’affronter un long trajet sans une ou plusieurs histoires à écouter.

Nos voyages s’accompagnaient donc de livres CD empruntés à la bibliothèque (ah les tellement magnifiques albums CD de Didier Jeunesse ou la collection écouter lire de Gallimard !!!) ou de j’aime lire à écouter. Mais le problème c’est que nous étions aussi obligés de les écouter alors La guerre des slips et consorts, ça va bien une fois ou deux mais à notre rythme de longs trajets on commençait à les connaître par coeur.

Et puis un jour, je suis tombée sur la Lunii… Tu as peut être déjà vu cette petite boite bleu-vert sur les étals des magasins de jouer qui promet aux enfants des heures d’histoires à composer sans écrans. Aaaaah la Lunii, mais c’est la vie ! Un jeu de casques branchés en dérivation et à nous la liberté d’écouter ce que l’on veut !

Les garçons peuvent passer des heures à fabriquer des histoires avec la petite boite magique. Une fois lassés du pack d’histoires de Suzanne et Gaston, tu peux télécharger sur le Luniistore de nouveaux packs d’histoires. En tant que maman j’apprécie l’initiative, Lunii c’est une petite start up française, avec une équipe très disponible et à l’écoute en cas de pépin (réponse dans la journée par mail du SAV) et qui accorde beaucoup d’importance à la qualité et à la diversité de ses supports. Certains packs d’histoires sont téléchargeables en plusieurs langues (pour nous c’est super cool parce qu’on peut faire partager aux copains en Italie !) et la ligne éditoriale est vraiment soignée avec des collaborations avec les éditions Didier Jeunesse, l’école des loisirs, Quelle histoire et la Bibliothèque nationale de France.

Une playlist qui va bien et un petit blindtest

Je ne suis pas mécontente d’être sortie de la phase « Souris verte » et « crocodiles » mais la playlist a quand même l’avantage de les occuper aussi un bon moment. Ils chantent et pendant ce temps là normalement, ils ne se disputent pas et ne se mettent pas les doigts dans les yeux… Premier luxe !

Deuxième luxe, tu leur fais réviser les chansons qu’ils apprennent à l’école, et là, c’est la maîtresse qui te remercie ;).

Notre playlist du moment est faite à base des CD de la série We love Disney et Jazz Loves Disney, de musiques de films pour enfants ou des chansons qu’ils aiment bien écouter à la radio, et plus de chanter, le blindtest est de rigueur…

Un doudou pour dormir

La team Loup prête à faire le tour du monde…

Même si ils sont grandets maintenant, il n’y a pas un départ sans qu’ils fourrent une peluche dans leur sac. Ils ont toujours une phase où ils y jouent avec et une autre où ils s’en servent de coussin pour se reposer dans la voiture. Selon la peluche, il nous arrive même de nous la jouer comme Armelle dans Amélie Poulain… Le Loup de la série le Loup qui… a fréquemment posé sur nos photos de vacances devant la Tour de Pise, à Londres, ou à Paris comme dans l’album le Loup qui voulait faire le tour du monde… Qu’est ce qu’il faut pas faire…

Et vous ? Que mettez-vous dans votre kit de survie ?

À bientôt ! 😉

Quando La Habana te llama…

Un projet de voyage, c’est un peu comme une petite graine. Je me souviendrai toujours du jour où mon wanderlustparrain, fraîchement rentré de Cuba, m’a tendu un album de Compay Segundo en me disant, « Ecoute ça, c’est des papis cubains qui chantent, on a entendu ça à l’hôtel, c’était génial ! ». Il venait de semer une petite graine appelée Cuba…

J’avais une quinzaine d’années, j’apprenais l’espagnol au lycée, le Buena Vista Social Club retrouvait son heure de gloire grâce à Wim Wenders, mais ce n’était pas le genre de films que j’allais voir au ciné. J’ai mis le CD dans la platine et j’ai entendu les premières notes si caractéristiques du tres cubano, cette guitare typiquement cubaine, qui font le début de Chan Chan, puis la voix éraillée de Compay. En quelques secondes, je me suis téléportée dans les rues de La Havane.

Dans la foulée, j’ai emprunté tous les CD possibles et imaginables à la bibliothèque de Compay et ses potes, écouté tellement Buena Vista Social Club que je le connaissais par coeur, jusqu’à pouvoir anticiper les transitions (ça t’arrive à toi aussi ?). C’est à ce moment-là que je me suis dit, quand je serai grande, j’irai visiter Cuba. Et c’est comme ça que Cuba a fait son entrée dans le fameux tiroir à voyages dont je te parlais dans l’un des premiers articles du blog.

Bon, parlons nous clairement, quand tu as 15 ans, Cuba n’est pas un voyage que tu peux te permettre comme ça en claquant des doigts. Il faut de l’argent et aussi une certaine maturité pour comprendre la richesse de la terre qui t’accueille.

Lorsque j’ai rencontré wanderlustdad, nous avons assez vite partagé l’envie de découvrir la culture cubaine ensemble et à défaut de pouvoir voyager, nous nous sommes inscrits à un cours de salsa. On y a rencontré des amis, on a dansé, tous les soirs pendant des années, Compay et Eliades ont été rejoints par Los Van Van, Pedrito Calvo, Polo Montanez. Nous avons écumé l’Europe de festival en festival, à la rencontre de musiciens et de danseurs. Au fil des années, on a appris à connaître Cuba par procuration, au-delà de la carte postale. Une chose était sûre, Cuba serait notre voyage de noces, on partirait pour un road trip à la rencontre des cubains, mon passeport était prêt puis la vie a fait que…

Attention séquence émotion, si les violons te saoûlent, tu peux directement passer au paragraphe d’après, je ne t’en voudrai pas promis 😉

Je ne sais pas si tu as vu Là-Haut, ce dessin animé magnifique dont les 5 premières minutes sont les plus tristes de l’histoire de l’animation. Pour faire court, lorsque Carl rencontre Ellie, ce ne sont que des enfants, ils se retrouvent autour de leur goût pour l’aventure et leur envie de visiter un jour les chutes du Paradis. On les voit grandir, se rapprocher au point de tomber amoureux, et se marier, avec leur rêve toujours aussi intact de visiter les chutes du Paradis. En arrière plan, on les voit remplir une dame-jeanne de pièces pour financer leur projet, qui finit toujours par être vidée pour réparer la voiture, arranger la toiture, racheter un frigo… Leurs visages se rident, leurs cheveux blanchissent mais ils n’ont toujours pas eu l’occasion de réaliser leur rêves, jusqu’au jour où Carl, voyant Ellie décliner, finit par péter la tirelire une bonne fois pour toute pour acheter les billets d’avion. Sauf qu’Ellie est trop malade pour s’envoler et qu’elle finit par s’éteindre laissant Carl avec mille regrets dans sa jolie maison colorée et pleine de souvenirs que des vilains promoteurs veulent lui raser.

Pendant de nombreuses années, j’avais fini par croire que Cuba seraient nos chutes du Paradis. Bien sûr, on a fait plein de beaux voyages entre temps. Mais à chaque fois que l’on entendait nos copains rentrer de cette merveilleuse destination et nous raconter tout ce dont on rêvait, on avait un petit pincement au coeur…

Et donc… Venons-en au fait !!!

Après 18 ans à prendre la poussière au fond du tiroir à voyage, Cuba s’éloignait. Le passeport allait bientôt périmer que le voyage n’était toujours pas programmé. Compay nous avait quitté, Polo Montanez avait rejoint son monton d’estrellas, Fidel était parti rejoindre son poto le Che, l’embargo allait être levé et même Vin Diesel avait joué au pilote dans les rues de La Havane. À ce moment là, on s’est finalement dit que coûte que coûte, il fallait qu’on y aille avant que tout change, que La Havane soit envahie par les bateaux de croisières et que ce qui fait le charme de Cuba, dans ces bons comme dans ses mauvais côtés ne disparaisse.

Sauf qu’entre temps, on n’était plus 2 amoureux mais une famille de 4 et dans nos petits coeurs sensibles de papa et maman, on se voyait mal partir à l’autre bout du monde pour le voyage de notre vie en les laissant à papi et mamie, même si tous auraient été ravis. Qu’à cela ne tienne, on embarquerait les schtroumphs avec nous.

Mais cette fois-ci, ce serait une mission top secrète. On avait tellement rêvé ce voyage et il était tant de fois tombé à l’eau, que ce n’est que quand tout à vraiment été bouclé que nous en avons parlé autour de nous…

Sauf que voilà, pour organiser un voyage à Cuba, en mode Do It Yourself, si prendre les billets d’avions c’est simple comme un clic – un clic super jouissif certes où tu te pinces pour vérifier que ce que tu viens de faire tu ne l’as pas rêvé – ce n’est que le début. La graine a enfin germé après des années de dormance, elle sort de terre, et maintenant il faut suffisamment l’arroser mais pas trop pour qu’elle devienne un bel arbre. Et à Cuba, il est facile de succomber à la tentation d’arroser un peu trop les graines de voyages à coup de visites super touristiques, d’hôtels de luxe et de mojitos.

Là encore, tout vient à point à qui sait attendre. C’est un collègue de wanderlustdad, qui nous a renvoyé vers l’une de ses connaissances qui venait d’ouvrir un hôtel à La Havane et qui a pris le temps d’écouter nos envies et nous a aidé à construire le voyage qui correspondait à notre éthique. Inutile de te dire que la playlist était déjà prête, qu’on a revu avec grand plaisir nos classiques du ciné et de la littérature…

Nous sommes finalement partis, au mois d’avril de l’année dernière. À l’aller, les valises étaient chargées de musique et de souvenirs de copains accumulés pendant toutes ces années à attendre qui se sont libérés à certains endroits où ils ont pris une autre couleur. Au retour de ces quinze jours de voyage, les valises étaient tout aussi lourdes, pas de souvenir et de matériel mais de tous les merveilleux moments que nous avons passés et des personnes que nous avons rencontrées. Si nous étions partis plus jeunes, notre voyage n’aurait sûrement pas eu la même saveur…

Aujourd’hui, il y a presque un an que nous sommes rentrés à la fois enchantés, secoués, émerveillés. La Havane et Trinidad sont sorties de leur tiroir poussiéreux et trônent désormais fièrement au milieu de notre salon avec deux belles affiches achetées sur les marchés de la capitale. Mais chut ! Santiago, Baracoa et les merveilles de l’Oriente ont fait leur entrée discrètement dans le tiroir, j’espère qu’elles n’attendront pas 18 ans comme leurs grandes soeurs pour en sortir.

À bientôt pour un article plein de conseils pour voyager éthique à Cuba 😉🇨🇺🍸!

De l’art d’être un bon touriste, Johan Idema

Pour ce deuxième article de la catégorie suggestions de lecture, j’ai envie de te parler de ce petit livre que j’ai trouvé dans ma bibliothèque de quartier.

Mais tout d’abord, comme diraient Eric et Ramzy « mettons-nous en situation » 😉

S’il y a un voyage que j’aime particulièrement et dont je pourrais difficilement me passer, c’est mon voyage hebdomadaire à la bibliothèque. Pour moi, aller à la bibliothèque, c’est chaque semaine une nouvelle aventure. Pour reprendre les mots de Forrest Gump, « c’est un peu comme une boite de chocolat, on sait jamais sur quoi on va tomber ».

À la bibliothèque, je suis un peu comme les petits vieux, j’ai mes petits rituels.

Rituel n°1 : faire un tour au département jeunesse pour y rendre la cargaison de livres empruntés pour les schtroumphs et le boulot et chercher de nouvelles pépites de littérature jeunesse.

Rituel n°2 : descendre au sous-sol, au département des adultes et flâner dans les rayons pour y trouver un ou plusieurs nouveaux compagnons.

Au fil du temps, j’ai remarqué que certains livres t’appellent. Du crieur du marché, au wesh à casquette en mode « wesh Mademoiselle, t’y es bien charmante, fais moi sauter dans ton sac à dos ! », en passant par ceux qui roulent des épaules et font leurs mac en attendant que tu les regardes avec envie, ceux qui jouissent de leur réputation et ce qui n’attendent rien qu’un regard de ta part… Oups mais je crois que je m’égare, revenons à nos moutons.

La semaine dernière, en flânant, je suis donc tombée sur ce petit bouquin que je suis tombée. Au premier abord, son titre et sa couverture m’ont fait l’effet de ces gars qui t’arrêtent dans la rue sans trop de tact et avec pas mal de prétention. Mais avec son mot « responsable » écrit en vert, je me suis dit que peut-être, dans la catégorie suggestions de lecture et éthique de voyage, il pourrait être intéressant. J’ai donc décidé de lui laisser sa chance.

Alors ?!? Verdict ?!?

Au bout de quelques pages je suis déjà conquise. Waouh ! Mais ce gars-là lit dans mes pensées, derrière son titre aguicheur, il y a de la culture… Le gars cite Marcel Proust et ce philosophe d’une grande sagesse que j’adore depuis toujours avec son pot de miel et son crop top rouge, l’illustrissime Winnie l’Ourson ❤ ❤ ❤ (Ne jamais sous-estimer la sagesse de Winnie l’Ourson…)

Non blague à part, de façon réfléchie et documentée, il fait tout simplement preuve de bon sens. Ce bon sens qui dans notre course à la plus belle photo à poster sur les réseaux sociaux semble nous abandonner à peine débarqués sur notre lieu de villégiature. Il met des mots sur des choses que nous avions pressenties depuis quelques temps dans la wanderlust family comme les bienfaits de l’anticipation, l’ancrage dans le présent, la beauté des itinéraires bis, les bienfaits de la lenteur en voyage, l’importance de rencontrer des gens du cru…

Au final, malgré ce titre qui pourrait ressembler à un sujet de philo du bac (j’imaginerais bien un examinateur pondre un truc comme ça : « De l’art d’être un bon touriste, vous avez 4 heures ! »), c’est une petite lecture sympa. Le livre est très bien illustré et se lit vite. Il peut se lire au gré des inspirations, dans l’ordre ou dans le désordre, en sautant des chapitres ou de façon linéaire et donne des conseils utiles pour préparer un voyage qui te ressemble, quelle que soit ta destination.

Il m’a aussi donné l’envie d’aller faire un tour du côté de son autre bouquin dans la même collection, Comment visiter un musée ? et aimer ça… Affaire à suivre…

À bientôt 😉

Pourquoi Le Magicien d’Oz est un concentré d’éthique de voyage ?

Il est des livres que tu ne te lasserais jamais de lire ? Pour moi, Le Magicien d’Oz de L. Frank Baum en fait partie. Je suis tombée amoureuse de cette histoire alors que je devais avoir une dizaine d’années en regardant le film avec Judy Garland à la télé, (comme quoi mon goût du vintage ne date pas d’hier…). J’ai tout de suite été émerveillée par le passage du noir et blanc au Technicolor, et j’ai été charmée par le kistch des décors et des costumes (Glinda, si tu nous lis…) et les chansons de la bande originale. Ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard que j’ai découvert le livre. Aujourd’hui, dans le cadre de ce blog, le parallèle entre l’aventure fantastique de Dorothée et l’éthique de voyage est très tentant à faire. Peut-être que tu trouveras cet article un tantinet tiré par les cheveux, mais je me lance…

Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce grand classique repris jusque par, Ô sacrilège, la Maison de Mickey (si, si je t’assure, mes yeux et mes oreilles ont saigné le jour où j’y suis tombée dessus…), voilà l’histoire. Attention spoilers !

Dorothée, jeune orpheline du Kansas s’ennuie à cent sous l’heure chez son oncle Henry et sa tante Emma. Elle a bien son chien Toto, mais c’est pas la folie folie. Alors, dans son univers tout gris, elle rêve d’arc-en-ciel et de paillettes…

Le grand classique des contes traditionnels, jusque là, rien de bien transcendant et surtout aucun rapport avec le voyage… Concrètement, on peut tous se reconnaître dans le personnage de Dorothée quand, au mois de janvier alors qu’il fait froid, qu’il pleut, et qu’on s’ennuie au boulot et on ne rêve que d’une chose, partir au chaud dans les Caraïbes.

C’est pas à toi que ça va arriver, à moins de gagner à l’Euromillions. Mais elle, elle peut dire merci à un vilain méchant cyclone qui va l’arracher – rêve ou réalité – à son univers triste et l’emmener au-delà de l’arc-en-ciel, dans le pays du Magicien d’Oz…

Là, elle pourrait se dire, « Génial les vacances tous frais payés sous les tropiques dont j’ai toujours rêvé, je vais me regaler loin de mon Kansas tout gris ! » Sauf que non, Dorothée fait partie de ces gens qui fantasment leurs vacances et qui une fois arrivés dans ce lieu tant idéalisé ne pensent qu’à une chose : rentrer à la maison. (Pas casse-pieds la fille…)

Il faut dire quand même qu’elle a fait une arrivée fracassante la demoiselle, à l’atterrissage de sa maison volante, elle liquide celle qu’on nous dit être la méchante sorcière de l’Est (je t’invite à découvrir Wicked de Gregory Maguire pour avoir un autre regard sur l’histoire). Bref, comme elle a libéré le petit peuple des Munchkins du joug de son oppresseur, elle est accueillie en fanfare avec fleurs, couleurs et chansons. Sauf qu’une fois la fête terminée, ils n’ont pas d’autre solution pour l’aider à rentrer chez elle que de lui proposer d’aller voir le grand magicien d’Oz à la Cité d’Emeraude, non sans lui avoir donné, avant de partir, les souliers d’argent de la sorcière fraîchement zigouillée. Tu sens le cadeau empoisonné ?

Et c’est là que ça devient intéressant en ce qui nous concerne…

Dorothée prend donc l’itinéraire tout tracé par son tour opérator local avec comme consigne de surtout ne pas s’en éloigner. Elle est toute contente et elle avance en chantant gaiement avec son chien Toto. Personnellement j’adore sa playlist de voyage…

Le long de la route de briques jaunes, elle rencontre tout d’abord un épouvantail. Attaché dans un champ à un carrefour, il lui indique la route à prendre. Elle croit d’abord être folle lorsqu’elle l’entend parler pour la première fois, puis elle découvre ses problématiques et attendrie par le personnage qui recherche une cervelle alors qu’il a une tête de paille, elle le décroche de son piquet et lui propose de l’accompagner à la Cité d’Emeraude pour trouver le grand Oz qui aura sûrement une solution pour l’aider.

Ce passage nous délivre donc notre leçon n°1…

Laisse tes certitudes à l’aéroport, prends la route, quelle qu’elle soit et tu feras sûrement de belles rencontres.

Accompagnée fièrement par son nouvel ami l’épouvantail, Dorothée ose donc s’aventurer dans la forêt, surveillée de loin par la Méchante sorcière de l’Ouest, qui ne souhaite qu’une chose récupérer les souliers de sa soeur.

Ah ! Qu’est-ce qu’on ferait pas pour une paire de Louboutruc, même quand on est une sorcière !!!

Après une nuit dans une cabane désaffectée sous la garde rapprochée de l’épouvantail, ils rencontrent un homme de Fer Blanc qui a rouillé lors d’une averse et qui est resté coincé depuis plus d’une année. Ils le remettent en état grâce une burette d’huile et écoutent sa terrible histoire. A cause d’une malédiction, il a perdu son coeur, mais il ne rêve que d’une chose, l’entendre battre à nouveau. Ils repartent donc tous ensemble à la recherche de cervelle, d’un coeur ou du chemin du Kansas, à la recherche du Magicien d’Oz.

C’est là qu’intervient la leçon n°2.

Tu peux profiter de tes vacances pour faire oeuvre de bien sur ton chemin, tu ne t’en sentiras que plus léger.

La forêt se fait de plus en plus hostile, les trois compères et Toto sont terrifiés. Ils sont alors attaqués par un lion effrayant au premier abord mais qui se révèle être un froussard de première à la recherche de courage qui prend finalement la route avec eux. C’est là qu’intervient la leçon n°3.

Tu peux trouver des pépites, même dans des lieux qui au départ ne t’inspiraient pas.

Tout ce petit monde se dirige donc dans la joie et l’allégresse vers le Graal touristique du cru, la fameuse Cité d’Emeraude.

Si tu veux mon avis, on en fait tout un plat depuis le début de la Cité d’Emeraude mais à part son côté Bling Bling, elle n’a vraiment rien d’extraordinaire. Les habitants, stressés et affairés à servir le Magicien ne sont pas agréables et on a l’impression à suivre Dorothée et ses amis de se retrouver dans le métro d’une grande métropole à l’heure de pointe.

Le Magicien, après force négociations, accepte enfin de les recevoir. Mais il ne leur accordera satisfaction que s’ils ramènent le balai magique de la sorcière de l’Ouest. Bouh c’est très très moche, Monsieur le Magicien ! Ils se remettent donc en route, déçus de leur visite. Ce qui nous conduit à notre leçon n°4.

La capitale, au final, c’est pas toujours génial ! (oh ! ça rime !)

Les voilà donc repartis en direction du sombre pays des Winkies pour récupérer le balai de la sorcière. Je te la fais courte parce que c’est pas la partie du livre que je préfère, mais gros, la sorcière les cueille au passage avec des abeilles et des singes volants et elle est plutôt vénère.

  • 1 / Elle veut récupérer ses chaussures qui brillent sauf que Dorothée, qui n’aurait rien contre l’idée de les lui donner (tu m’étonnes après tous les kilomètres qu’elle a fait avec elle doit avoir les pieds en compote) ne peut pas les enlever de ses pieds.
  • 2 / Elle apprécie moyennement que le Grand Oz lui envoie cette fine équipe parce qu’il n’est pas foutu de régler ses histoires tout seul.

Bref, elle est chaude comme une baraque à frites pendant la braderie de Lille et, en attendant de trouver une solution pour enlever ses chaussures à Dorothée, elle décide de mettre le feu à l’épouvantail pour éloigner ses visiteurs indélicats. C’est là que la pauvre pitchounette, terrifiée et désespérée, pour sauver son ami, lui jette un seau d’eau qui touche aussi la sorcière. Et là, c’est le drame, elle fond… Elle se liquéfie et meurt, ne laissant que son balai, son chapeau, et sa cape.

Oz, qui pensait avoir la paix un bon moment en les envoyant chercher le balai de la sorcière se retrouve bien embêté de voir Dorothée et compagnie revenir si vite (Un peu comme quand tu envoies tes enfants compter tous les légos de leur caisse et parce que tu veux te caler tranquille devant un téléfilm culcul et qu’ils reviennent la bouche en coeur au bout de 5 minutes en mode, « ça y est on a fini ! »). Il espérait secrètement que la sorcière les mettrait hors-jeu. Il est donc contraint d’avouer son incompétence et leur donne donc la dernière leçon de ce voyage qui est pour moi la plus importante. Chacun avait en lui depuis le début les ressources qui lui permettaient de développer ce qu’il cherchait, il suffisait simplement de croire en soi.

L’important, ce n’est pas la destination, c’est le chemin qui te fait grandir par les épreuves et les rencontres qu’il met sur ta route. Et c’est ce chemin qui te révèle à toi-même les trésors cachés qui dorment au fond de toi.

J’espère que cette lecture alternative du Magicien d’Oz t’a plue et que tu t’es autant amusée à la lire que je me suis amusée à l’écrire. Pour finir, je n’ai plus qu’à te dire comme Glinda, « Va au-delà de ton arc-en-ciel, chausse tes plus jolis souliers (évite quand même les talons, ce sera mieux pour tes petits pieds), puis suis ta route de briques jaunes, pratique le slow travel, pars à la rencontre des autres et tu révéleras les meilleurs petits bouts de toi ❤ »

A bientôt 😉