Le temps des mitaines – Le mystère de la chambre morne de Loïc Clément et Anne Montel

Lorsque nous avons reçu le catalogue des parutions futures de Little Urban, j’ai craqué pour la couverture de ce nouveau roman à destination des 9-12 ans, sorti le 27 novembre. Nous avions déjà lu Les lapins de la couronne d’Angleterre et Maverick, Ville magique mystère et boules d’ampoules et cette nouvelle parution semblait être une rencontre toute aussi prometteuse. Je remercie donc le service presse de Little Urban de nous faire à nouveau confiance pour donner notre avis sur ce préquel de la série de BD, Le temps des mitaines, des mêmes auteurs et publiée chez Dargaud.

Quatrième de couverture

Cinq protagonistes que tout oppose vont devoir rivaliser d’ingéniosité pour sortir d’une salle de colle éternelle.

Céleste, Prosper, Angus et Nocte doivent passer un samedi entier en retenue en compagnie de Caius, la petite frappe du collège. Intimidant et agressif, ce dernier est à lui seul une bonne raison pour qualifier cette journée de « désagréable ».

Quand les élèves découvrent qu’ils sont prisonniers d’une bulle temporelle, le club des collés bascule dans le cauchemar.

Notre avis

Nous étions particulièrement impatients à l’idée de découvrir Le temps des mitaines, aussi lorsqu’il est arrivé dans la boite aux lettres, nous avons laissé en suspens tout ce que nous avions sur le feu pour découvrir ce Breakfast Club, de la Vallée des Mitaines.

On découvre donc, en ce début de samedi matin, quatre de nos protagonistes. Céleste Anternoz est une oursonne très à cheval sur la justice, l’héroïne de la série de BD. Prosper Bluth est un souriceau orphelin que la vie n’a pas épargné.

Angus Goupil est le riche héritier d’une famille de marchands d’art, souvent délaissé par ses parents qui voyagent aux quatre coins du monde, il comble sa solitude en n’ayant d’yeux que pour la science, c’est lui que l’on retrouve quelques années plus tard dans la série de romans premières lectures, Professeur Goupil des mêmes auteurs toujours chez Little Urban.

Caius Ménuss est le caïd du groupe, il ouvre ce roman en tentant de racketter à ce pauvre Prosper son petit déjeuner. Brutal, cynique et franchement désagréable, il a une fâcheuse tendance à mettre Céleste sur les nerfs et par là même d’attirer sur l’ensemble de la salle de colle, les foudres de M. Granny, le directeur de l’école.

Ils sont bientôt rejoint par Nocte Stocker, une chauve-souris au charme gothique, dont la famille fait partie de la communauté Shami (serait-ce par hasard l’anagramme de Amish ?) et vit recluse à l’extérieur de la ville, refusant la modernité.

Une salle de colle classique entre des ados classiques me direz-vous ? Et bien, non, car dans la Vallée des Mitaines, l’adolescence marque aussi l’apparition de pouvoirs magiques. Aussi, alors que le énième conflit de la matinée éclate entre Caius et ses camarades, la salle de colle devient le théâtre d’un phénomène surnaturel et se retrouve au coeur d’une anomalie quantique. Le temps se suspends à l’extérieur de la salle de colle, en faisant le théâtre d’un huis clos qui va amener les personnages à se découvrir sous un jour nouveau.

Les thématiques de harcèlement scolaire, d’abandon, de relations filles / garçons au collège, de sexisme, de séparatisme et de repli communautaire mais aussi le pouvoir de l’empathie et de la résilience sont au centre de ce roman. Elles sont traitées avec finesse, dans leur complexité sans se laisser aller à la morale ou à la mièvrerie.

Comme à notre habitude, nous avons lu cette histoire ensemble, à voix haute. Quel bonheur ! Il y avait bien longtemps que je n’avais pas rencontré de livre jeunesse aussi riche en terme de construction syntaxique et de vocabulaire. Bon, j’admets qu’il a parfois fallu traduire pour rendre l’histoire accessible aux enfants.

En effet, Loïc Montel nous livre au fil des pages une collection de jolis mots, au charme désuet et d’expressions surannées à la classe so-british dans la bouche d’Angus et d’argot fleuri dans celle de Caius. On en a fait un collier de mots précieux, histoire de briller en société.

Le suspens qui se crée au fur et à mesure des chapitres devient aussi oppressant que la bulle de la salle de colle et on n’a qu’une seule envie, savoir comme les 5 punis vont se sortir de la panade dans laquelle ils se sont fourrés.

Côté illustrations, je découvre le travail d’Anne Montel avec ce roman. La couverture avec ses 5 personnages en médaillon, ses volutes et ses graphismes dorés avait été, sur le catalogue l’un des éléments déclencheurs de notre coup de coeur pour ce roman. Une fois en mains, l’impression est confirmée. Le temps des Mitaines et un très bel objet livre. Ses illustrations à l’encre et à la plume, avec leurs airs de gravures accentuent le côté dramatique de cette bulle quantique qui se réduit au fur et à mesure que le temps passe. Elles sont un élément important du suspens qui se joue. J’ai beaucoup aimé leur finesse et leur niveau de détail et nous avons tous les trois très envie d’aller découvrir d’autres facettes de son oeuvre.

A la fin, les enfants ont retenu, une belle histoire d’amitié naissante. La nécessité de se questionner sur les motivations et les histoires personnelles qui conduisent chacun à faire les choix qui le poussent à agir. De mon côté, j’ai apprécié les multiples niveaux de lectures qui en font une roman vraiment chouette à lire en famille avec ses clins d’oeil à Dracula, à Gainsbourg, aux martyrs chrétiens de l’Empire Romain, les références aux Amish, à #metoo et autres combats féministes. Je me verrais bien en utiliser un extrait au boulot sur une séquence de vocabulaire ou l’exploiter dans le cadre de la prévention du harcèlement scolaire.

La BD ainsi que les aventures du Professeur Goupil risquent fort de rejoindre notre pile à lire dans les semaines qui viennent.

Et vous, vous l’avez lu ? Vous connaissiez déjà la BD ? Si tu as envie de te laisser tenter mais que tu hésites encore, un extrait du premier chapitre est disponible sur Little Urban.

À très bientôt 😉

Si on voyageait en jouant ? Plus de 30 jeux autour du voyage.

Cher Père Noël, cette année, comme on a été bien sage et que l’on ne peut pas voyager, j’ai bien envie de te proposer dans cette nouvelle série d’articles pour le mois décembre quelques idées à te proposer pour continuer l’aventure depuis la maison et sous différentes formes.

Depuis le début du blog, je t’ai beaucoup parlé lecture, mais dans la famille, on ne dit jamais non à une soirée-jeux. Aujourd’hui, place donc au jeu !!! Et pour sortir des traditionnels Monopoly City Editions. Et comme j’avais très envie d’en parler tout en soutenant les petits commerçants et les indépendants, j’ai invité ma grande copine Agnès, animatrice pour Oika Oika en Isère.

« Oika Oika, comme la chanson de Shakira ? »

Oui, j’avoue. J’ai un peu, beaucoup, fait ma lourde quand elle m’a dit là où elle travaillait. Ça arrive rarement souvent, tu commences à me connaître… Mais qui aime bien châtie bien. Alors elle m’a tout expliqué, et je dois dire que j’aime beaucoup le concept. Mais peut-être en as-tu déjà entendu parlé si tu es un fidèle des émissions économique du dimanche soir sur M6…

{Jingle Capital, voix off de Julien Courbet} Oika Oika est une société de vente à domicile spécialisée dans le jeu. Jeu de société, jeu de création, jeu de manipulation pour les tout-petits, jeu de plein-air, le catalogue de Oika fluctue de saison en saison. Le principe est le même que pour les boîtes en plastique dont le nom commence par un T.

Comment ça marche ? Dans une vie idéale post-covid, vous préparez un bon goûter. Vous organisez une réunion chez vous avec des amis, vous invitez Agnès ou l’une de ses collègues près de chez vous qui arrive avec son coffre plein d’une sélection de ses chouchous et vous les testez le temps d’une après-midi ludique avant de décider ceux qui rejoindront votre collection. En tant qu’hôte ou hôtesse, vous cumulez des points qui vous permettront de choisir des cadeaux. Bref c’est une chouette manière de faire fonctionner l’économie locale et de favoriser le développement de petits éditeurs de jeux.

{retour plateau} Et maintenant place à Agnès, qui spécialement pour le blog My Wanderlust Family a préparé une série de sélections thématiques spéciales voyage…

{On me dit dans l’oreillette, qu’on n’est pas sur à la télé, mince…}

Voyage dans l’imaginaire

Sélection voyage et imaginaire

Pour commencer, Agnès nous propose un voyage dans l’imaginaire.

Dans la Wanderlust Family, on est déjà conquis par quelques uns des jeux de cette sélection.

En grands fans de Disney, comme tu as pu le voir ici, ou encore là-bas, on ne pouvait pas passer à côté de soirées jeux autour des Villainous, à défaut de pouvoir aller les rencontrer chez la souris à grandes oreilles. Nous avons déjà testé la boite de base, de ce jeu sorti l’année dernière chez Ravensburger, et avons hâte de découvrir les nouvelles missions que vont nous proposer Hadès, le Docteur Facilier et la Méchante Reine dans cette édition violette.

Comme tu le sais, on aime aussi beaucoup les histoires, la magie des images et des mots. Dans ce registre là, Dixit, avec ses cartes illustrées avec force magie, est un véritable voyage dans l’imaginaire des contes et des histoires.

Toujours dans ce registre, avec Imagidés, c’est à vous de raconter une histoire. Mais attention, ce sont les dés qui vous guident, et ça peut très vite partir dans tous les sens, mais c’est tellement drôle… L’avantage de ce jeu, c’est que l’on peut choisir la longueur de la partie en utilisant plus ou moins de dés selon l’âge des participants, de jouer à l’oral ou à l’écrit afin de faire participer toute la famille.

On aime aussi beaucoup MimToo, que l’on a testé dans sa version Disney. C’est particulièrement drôle. Un jeu sympa à sortir après les repas pour les fêtes.

Des jeux à glisser dans sa valise pour s’amuser en famille

Les jeux font partie de notre kit de survie pour voyager sereinement. Je t’avais parlé de quelques uns de ceux que l’on glisse dans les sacs à dos des Schtroumpfs.

Ici Agnès nous en propose quelques uns…

Des jeux pour petits et grands à glisser dans la valise.

Nous on est fan de Bananagrams, sous toutes ses formes, banane verte pour les petits, banane jaune pour les grands. Bien plus fun, dynamique et portatif que le Scrabble…

En voiture Simone…

On a tous pendant notre enfance passé des heures à jouer au 1000 bornes et envoyé des tas de crasses au voisins pour le laisser sur le bord de la route.

Dans sa sélection transport, Agnès nous emmène, en bateau, en avion, en train et en tapis volant. Il ne vous reste plus qu’à choisir votre moyen de transport. À moins que vous ne préfériez vous la jouer Phileas Fogg et sauter de l’un à l’autre…

Sélection Transports

De cette sélection, nous n’avons testé que Les aventuriers du rail, qui se décline en multiples versions pour nous faire voyager partout en Europe et dans le monde. Si les parties sont plutôt longues, il en existe une version Express et une version Junior pour les plus petits. Le principe, construire la voie qui reliera les deux villes qui figurent sur votre carte mission. Un excellent moyen de découvrir la géographie en s’amusant (Maîtresse sors de ce corps…).

Envie de balader en Asie ?

Voici trois petits jeux, pour aller du Japon à la Chine. Nous n’en avons testé aucun de ces trois, mais, nous aimons beaucoup Ninja Academy, sorti chez Iello. Un tout petit jeu d’ambiance ou toute la famille peut se défier autour d’épreuves d’adresse, d’agilité et de concentration.

Observer, découvrir, rencontrer

Dans cette dernière sélection pour les plus petits, Agnès, nous propose de partir à la rencontre de la nature pour apprendre en jouant.

Le dernier et non des moindres : Kosmopolit

Ce jeu là, avant même de sortir était une aventure. Le principe, créer un outil de médiation scientifique (arrête de dire des gros mots…) autour des langues du monde par le biais du jeu. Il a donc été conçu par un éditeur lyonnais, les jeux Opla, en collaboration avec les chercheurs du Laboratoire Dynamique du Langage. L’idée, travailler dans le restaurant le plus cosmopolite du monde et accueillir les commandes des clients dans leur langue maternelle. Pour créer le matériel et les supports, les concepteurs du jeu ont enregistré des locuteurs natifs partout dans le monde afin de familiariser les joueurs à la diversité des langues sur les 5 continents, mais aussi en France avec les langues régionales.

On voit là, qu’Agnès me connaît bien, et qu’elle a su taper dans le mille. Avec mes études de linguistique générale, c’est exactement le genre de jeu que je sens que je vais adorer… C’est plutôt une façon sympa de s’entrainer à passer commander en finnois, en neguidale ou en letton pour ton prochain voyage, non, qu’en penses-tu ?

Il ne me reste plus qu’à remercier Agnès d’avoir bien voulu nous accorder un peu de temps pour nous présenter ses chouchous et réaliser ces jolis visuels. Si certains jeux vous intéressent, n’hésitez pas à aller faire un tour sur sa boutique en ligne et faire sa connaissance. J’espère vous avoir donné quelques idées pour voyager de façon ludique ou de jouer en voyageant et qui sait, peut être d’en retrouver quelques uns sous votre sapin ?

N’hésitez pas à nous partager en commentaire vos jeux préférés sur ce thème.

Prenez soin de vous.

À bientôt 😉

Il était une fois le feu des dragons, Beatrice Blue

Cette semaine, nous avons eu la chance de recevoir deux nouveautés des éditions Little Urban, que tu dois sûrement bien connaître maintenant si tu nous suis. Après Les lapins de la couronne d’Angleterre, Le projet Barnabus et Maverick, ville magique mystère et boule d’ampoules, on retrouve donc avec grand plaisir les nouveaux bébés de la maison d’éditions à l’éléphant-montgolfière. Voici donc la première de nos deux chroniques sur ce joli album de Beatrice Blue, Il était une fois le feu des dragons, sorti le 27 novembre dernier et qui faisait partie de nos chouchous du catalogue d’automne. En suivant le lien, tu pourras le feuilleter pour te donner une idée.

Résumé de l’éditeur

Sais-tu pourquoi les dragons crachent du feu ?

Suis Freya et Sacha au sommet des montagnes enneigées et découvre ce fabuleux secret. Un indice : l’amitié peut réchauffer les coeurs les plus glacés.

Notre avis

« Dis maman, pourquoi ils crachent du feu les dragons ? » Toi aussi, je suis sûre que tes enfants ont toujours LA question sur les origines du monde le soir, une fois que la lumière est éteinte, qu’ils se sont levés un fois pour boire, deux fois pour faire pipi et trois fois pour un câlin… Ici une spécialité de la maison, alors merci Beatrice Blue de nous proposer une jolie légende pour répondre à cette question.

Après Il était une fois la corne de la licorne, sorti l’année dernière Beatrice Blue, illustratrice espagnole reconnue dans le monde de l’animation, signe sa deuxième collaboration avec Little Urban dans un nouveau conte étiologique mettant cette fois-ci à l’honneur les dragons.

Mes deux fans de créatures fantastiques étaient super enthousiastes à l’ouverture de l’enveloppe… Il faut dire que dès la couverture, la magie est au rendez-vous. Avec ses lettres dorées, ses paillettes, et ses couleurs chaudes c’est vraiment un très bel objet livre que l’on a hâte d’ouvrir pour découvrir la légende qui se cache derrière les origines du feu des dragons.

Beatrice Blue nous emmène alors dans un royaume inconnu, dans des temps immémoriaux, au coeur d’un univers viking. En ce temps là, dans ce royaume, les dragons n’avaient, bien sûr, pas bonne presse, cristallisaient les craintes et étaient chargés des pires rumeurs, le froid et l’obscurité régnaient. Comme dans tout conte, il faut des héros. Les nôtres sont des enfants, Freya et Sacha, passionnés d’histoires de dragons et de lecture. Ils dévorent les livres et leurs descriptions terribles. Bien sûr, ils n’ont pas peur, et ils décident, alors que le village sombre de plus en plus dans l’hiver et se prépare à essuyer une tempête, de partir à la recherche du dragon pour lui demander les raisons pour lesquelles il a décidé de déclencher un tel cataclysme… Sauf que le terrible dragon est en fait une créature terrifiée et frigorifiée à force d’être vue à tort comme une terrible bête mangeuse de chatons. Heureusement les enfants ont plus d’un tour dans leur sac pour le réchauffer et apaiser les relations entre le dragon et le village.

Derrière cette histoire pleine de douceur, on découvre donc une belle histoire d’amitié et de lutte contre les préjugés. On apprivoise sous un jour tendre un autre mal-aimé de la littérature, qui, au même titre que le loup, occupe souvent le rôle du méchant, ou du personnage que l’on craint. Ce dragon-là n’a rien demandé et, même reclus dans sa montagne, les légendes qui se transmettent de générations en générations ont fait de lui une créature isolée.

L’album est conseillé à partir de 3 ans sur le site, mais il peut très bien s’adapter à des plus grands qui découvrent la lecture tous seuls ou se passionnent pour les créatures fantastiques. Les garçons ont apprécié le fait que les enfants, après la rencontre du terrible dragon, qui n’est en fait une créature vulnérable, changent les histoires pour changer le cours de l’Histoire. Ils ont été ravis de voir que la tendresse du câlin et de l’histoire du soir étaient magiques aussi même pour les dragons.

Les illustrations sont magnifiques, douces et en contraste couleurs chaudes et couleurs froides. La naissance de la flamme du dragon, cachée au coeur de la montagne, s’étale sur un dépliant de quatre pages flamboyantes qui marquent le début d’une ère nouvelle dans le lointain royaume : une ère de chaleur humaine, de vivre ensemble et de belles lectures.

Cette jolie découverte nous a donné envie de suivre de plus près le travail de Beatrice Blue et d’aller lire le premier opus de cette collection.

Et vous ? Vous l’avez-vu passer ? Il vous donne envie ?

À bientôt 😉

On fait parfois des vagues, Arnaud Dudek

Badge Lecteur professionnel

Il était une rencontre

J’ai découvert ce titre par l’intermédiaire du blog Les voyages de K. Nous avions échangé sur ce titre lors de la rentrée littéraire et nous avions d’en l’idée depuis quelques temps de faire une lecture commune. Ce roman, paru chez Anne Carrière et proposé sur NetGalley nous a semblé être une chouette occasion de partager nos impressions de lecture. Tu trouveras sa chronique ici.

Quatrième de couverture

Quelques jours après son dixième anniversaire, Nicolas Apasagi apprend que son père n’est pas son père. Que faire de cette confidence ? Le jeune Nicolas ne sait pas. Il continue sa vie comme si de rien n’était. Mais cette révélation va finir par le rattraper et, à trente ans, il décide de partir à la recherche de son « bon génie » biologique, malgré les obstacles administratifs qu’il s’attend à rencontrer.

Dans ce roman, où l’on retrouve les thèmes qui lui sont chers – l’enfance, l’identité, la transmission –, Arnaud Dudek trouve le ton juste pour raconter, avec délicatesse, une quête des origines à la fois intime et universelle.

Mon ressenti sur cette lecture

Comment affronter le tsunami de son histoire et des sentiments contradictoires qu’elle suscite quand on apprend à l’âge de 10 ans, que celui que vous considérez comme votre père, votre héros, votre phare, n’est en fait pas votre père biologique et que vous êtes le résultat d’un don de sperme ? C’est ce que doit vivre Nicolas, tout juste sorti de l’enfance. Cette révélation qui bouleverse son petit monde l’accompagne tout au long de son adolescence. Finie l’écriture de roman policier et l’enfance… Le voilà fils d’un père qu’il ne connait pas.

Dans ce livre, très court, au style fluide, on découvre par épisodes l’histoire de Nicolas, de son enfance jusqu’à l’âge adulte. On voit évoluer cet enfant rêveur au fil des années, s’éloigner de ses rêves et de sa famille puis y revenir. On le voit grandir s’émanciper du regard de celui qu’il ne considère plus comme son père depuis ce drôle d’après-midi de ses 10 ans. On le voit tomber amoureux, puis refuser de s’attacher. Et on le voit enfin prendre la décision d’aller chercher d’où il vient, avec les doutes et les incertitudes que cela comporte.

On s’attache aussi à la figure de ce papa, fils d’immigré roumain et orphelin de mère et ayant grandi avec un père taiseux. Ce papa qui peine à exprimer ses sentiments par pudeur peut-être ou par maladresse. Ce papa dont l’annonce de la stérilité a bouleversé la vie, mais qui l’a vue révolutionnée par un donneur anonyme qui lui a donné un fils. Ainsi qu’à cette maman qui tente de maintenir à flots cette famille frappée par les vagues des uns et des autres.

Comme K., je découvre la plume d’Arnaud Dudek avec On fait parfois des vagues. J’ai été agréablement suprise par ce livre qui vous ramène en enfance, qui interroge sur la famille, sur le rôle des parents biologiques ou non. Un livre fort et émouvant dont je recommande la lecture et pour lequel je remercie chaleureusement les éditions Anne Carrière et NetGalley.

Et vous ? Vous l’avez lu ? Il vous tente ?

À bientôt 😉

Maverick, ville magique, mystères et boules d’ampoule – Eglantine Ceulemans

Il était une rencontre

Cet été, quand j’avais vu passer la petite série de romans de chez Little Urban, j’avais craqué pour Les lapins de la couronne d’Angleterre, dont la couverture était absolument magnifique et il avait été l’un de nos livres de l’été, sautant dans notre valise pour notre road trip sous la tente. Après ce coup de coeur pour cette nouvelle collection, il était clair que Maverick, ville magique, mystère et boules d’ampoule, avec son aura énigmatique serait le prochain à passer à la casserole. Aussi, lorsque j’ai fait ma sélection pour le Prix du Livre de Jeunesse auprès de mes libraires, j’en ai mis deux dans mon panier, un pour l’école et l’autre que j’ai acheté pour les schtroumpfs.

Résumé

Un roi infâme. Une rebellion d’enfants. De la magie, des rires et encore de la magie !

Bienvenue à Maverick, ville magique où tout est possible. Seulement voilà, tous les soirs, la nuit sombre s’abat sur la ville et la fait disparaître dans le noir le plus total. Mais ce n’est pas la seule ombre au tableau…

Anselme, onze ans est embarqué par Anna dans les mystères de Maverick.

Notre avis

Ils l’attendaient depuis un moment celui-ci… Aussi, quand il est arrivé à la maison, il a tout de suite sauté en tête de notre pile à lire pour la lecture feuilleton du soir.

Pendant une dizaine de jours, nous avons donc suivi les aventures d’Anselme, un jeune garçon qui se retrouve expédié chez sa tante Olga dans une ville magique alors que ses parents ont décidé de se payer des vacances avec tous leurs domestiques mais sans leur fils et Anna, une jeune fille qu’Olga a recueilli à la mort de ses parents.

Anselme quitte donc le monde traditionnel pour plonger dans l’univers de Maverick. En effet, dans cette ville extraordinaire, le possible n’a de limite que l’imaginaire de chacun. Aussi, les voitures volent, on peut traverser les murs et s’infiltrer sous la terre, les animaux parlent et on peut goûter à un repas de rêve en traversant l’écran de sa télévision pour aller chaparder dans les cuisine du Top Chef local… Tout irait pour le mieux si une ombre lugubre ne planait pas au dessus de la ville.

Autour du château dont la plus haute tour surplombe la ville, les gardes veillent, les sens-tinelles patrouillent et écoutent tout ce qui se dit. Celui qui a pris possession de Maverick fait régner la terreur partout en imposant un couvre feu et en jetant en prison la plus petite once d’opposition.

Mais en sous-sol, à la nuit tombée, grâce aux supers ampoules d’Olga, la résistance s’active. Une résistance menée par de conserve par des adultes et le QG, un groupe d’enfants qui entend bien mener la vie dure à l’usurpateur qui a volé la magie de Maverick pour la détourner afin d’assouvir sa soif de pouvoir.

Quelle aventure ! Avec cette histoire, Eglantine Ceulemans nous montre que la valeur n’atteint pas le nombre des années. Dès les premières pages on se retrouve catapultés dans un univers en clair obscurs où les instants magiques, de rigolades ou de camaraderie peuvent laisser place à de tristes révélations sur le passé des habitants de Maverick ou des actes arbitraires des gardes du roi.

Ce n’est pas évident de trouver les mots et le ton justes pour parler de dictature, de culte de la personnalité, de résistance, de liberté d’expression avec des mots adaptés pour des enfants d’une dizaine d’années. Et pourtant, grâce aux ampoules d’Olga, les choses deviennent claires. C’est une lecture très pertinente, à relier avec l’actualité de ces derniers mois… (Toute ressemblance entre le roi Gauthier et un président ayant un nom de canard célèbre et la fâcheuse tendance à abuser des UV ne serait que purement fortuite… 😉 ) Ce n’est ni trop dramatique, ni trop drôle, c’est un équilibre savamment dosé pour sensibiliser les plus jeunes à ces thématiques. Le message qui ressort de cette histoire est plein d’espoir, à mi chemin entre l’union fait la force et le leitmotiv de Disney : « si tu peux le rêver, tu peux le faire ». Les illustrations en noir et blanc ajoutent une touche d’humour supplémentaire aux situations parfois cocasses que traverse notre pauvre Anselme, qui essaie tant bien que mal de s’adapter à la magie de la ville et à toutes les peines du monde à garder son tee-shirt…

Les chapitres sont quelquefois un peu longs, ce qui a conduit les garçons à aller se coucher certains soirs la mort dans l’âme parce qu’il faudrait attendre toute la nuit et toute la journée du lendemain pour avoir la suite. Si si je t’assure, mini schtroumpf avec sa tête de pauvre enfant malheureux, faisait peine à voir. Sur la fin, n’y tenant plus, il a fallu avaler les derniers chapitres pour connaître le fin mot de l’histoire.

A la fin de cette lecture, on se dit que l’on est vraiment fans tous les trois de cette petite collection de romans. On se laissera donc volontiers tenter par Les aventures involontaires des soeurs Mouais de Jen Hill et Kara Lareau et nous attendons avec impatience la réouverture des librairies pour découvrir les nouveaux petits romans dont la sortie a été décalée compte tenu de la crise sanitaire… À noter aussi que l’autrice, signe les illustrations des Couzz’, des cadeaux par milliers, un album de Noël, écrit par Fanny Joly qui invite à réfléchir à la surconsommation en cette période de l’année qui risque fort de nous rejoindre pendant le temps de l’Avent.

Et vous, êtes vous déjà allés à Maverick ? Qu’avez-vous pensé de ce roman ?

À bientôt 😉

Les voyages de Lotta, tome 1 – Les renards de feu, Zimmer et Ofride

Si tu nous suis depuis quelques temps, tu sais que la Laponie finlandaise est une destination qui nous a beaucoup touchés. Aussi, lorsque les éditions Jungle nous ont proposé de découvrir le premier opus de Les voyages de Lotta, de Zimmer et Ofride, sorti le 22 octobre dernier nous avons sauté sur l’occasion. En effet, dans ma Booklist finlandaise, je te disais à quel point il était difficile, en dehors des Moomins, de trouver des ouvrages de littérature jeunesse abordant la culture scandinave en général et la culture Sami en particulier. En cette période où le froid arrive, et où nous sommes de nouveau confinés, je te propose aujourd’hui un grand voyage. Aujourd’hui je t’embarque donc dans la partie norvégienne de la Laponie, dans le Comté du Finmark, tout près du Cap Nord découvrir les aventures de Lotta et Solveig.

Quatrième de couverture

Au delà du Cercle polaire Arctique, en Laponie, sur le grand plateau montagneux norvégien du Finmark vivent les Samis et leurs troupeaux de rennes. Olaf, éleveur de rennes, élève seul ses deux filles de douze ans, Lotta et Solveig. Bien que jumelles, elles sont pourtant très différentes. Solveig est d’allure fragile, mutique, enfermée dans son monde, elle ne communique avec son entourage qu’en dessinant. Lotta parle pour deux ! Dynamique et déterminée, elle veut devenir chamane afin d’entrer en relation avec les esprits et retrouver l’esprit perdu de sa soeur. Mais une longue et difficile formation attend l’adolescente, qui devra affronter bien des danger.

Notre avis

Recevoir un livre dans notre boite aux lettres pour en parler sur le blog est toujours un grand plaisir. D’autant plus si la destination qu’il aborde est chère à notre coeur. Nous remercions donc les éditions Jungle de nous avoir fait confiance dans le cadre de ce service presse. Nous nous sommes donc dépêchés de terminer notre lecture en cours, pour découvrir Les voyages de Lotta. Dans cet album de 48 pages on découvre donc l’histoire de deux jumelles, orphelines de mères.

Chacune d’entre elle affronte le deuil à sa façon, l’une avec une colère bouillonnante et une détermination sans bornes et l’autre avec un silence résigné. En effet, l’esprit de Solveig semble s’être envolé en même temps que celui de sa mère et Lotta n’a qu’un seul but, devenir chamane, afin de le retrouver et remettre un peu d’ordre dans sa famille que la mort de sa mère a bouleversé.

Face à elles, on retrouve un papa, absorbé par son travail d’éleveur et parfois démuni par l’absence de sa femme et l’évolution de ses filles. On s’attache volontiers à ce papa souvent maladroit et un peu rustre qui ne sait pas trop comment se positionner entre une fille trop discrète et une autre dont les projets vont à l’encontre de ce qu’il a envisagé pour elle. Lui aussi évolue au fil de l’histoire, secoué par la volonté inflexible de sa fille de devenir chamane.

L’univers de l’album est plutôt girly, normal me diras-tu pour une BD publié chez Miss Jungle. Cela n’empêche pas les garçons d’être présents dans l’histoire en la personne d’Elias et ses amis, le fils d’un autre éleveur de rennes. Des personnages qui, eux, ne sont pas très sympathiques.

Lotta et son tempérament de feu s’apaisent toutefois dans la tente du vieux chamane du village. C’est lui qui l’initie au voyage dans les différents pays des esprits. Voyages dont elle a quelques difficultés à revenir indemne et dont elle peine à retenir les enseignements. Au son de son précieux tambour, elle se métamorphose et part, dans la forêt, sous la mer, ou au pays des esprits en quête de celui de sa soeur qui s’est égaré… Elle doit mettre sa patience à l’épreuve, après de ses voyages et d’elle même, calmer ses ardeurs pour mener à bien la mission qu’elle s’est fixée.

Si l’histoire saura certainement parler aux jeunes filles, elle est aussi magnifiquement servie par les illustrations d’Elena Bia, alias Ofride. Elles alternent entre couleurs flamboyantes, camaïeux de couleurs froides et emportent le lecteur dans un univers onirique fait d’animaux totems avec la légèreté des aurores boréales.

Je ne suis pas vraiment du parti de cantonner certaines lectures aux garçons et d’autres aux filles, c’est pourquoi je l’ai lu l’album avec les garçons. Et leur réaction ne s’est pas faite attendre. Si les schtroumpfs ont apprécié l’histoire, les transformations de Lotta, et l’univers de voyage et de rêve dans lequel l’histoire les a plongés, ils ont aussi regretté que les seuls personnages masculins auxquels ils auraient pu s’identifier ne soient que dans le cliché du garçon agressif et mauvais perdant… On espère que dans les tomes suivants, avec une Lotta plus apaisée, et peut-être de nouveaux personnages, les relations filles-garçons seront abordées différemment.

Et vous ? connaissez-vous ce titre ? Est-ce qu’il vous fait envie ?

En attendant de nouveaux voyages ou de nouvelles lectures, prenez soin de vous.

À bientôt 😉

Les Incasables – Rachid Zerrouki

Aujourd’hui, pour cette chronique je te propose de découvrir un livre un peu à la marge de la ligne éditoriale classique du blog, mais c’est pour autant un livre qu’il me tient à coeur de te présenter en ce moment. Je remercie NetGalley et les éditions Robert Laffont de m’avoir permis de lire cet ouvrage

Il était une rencontre

Début septembre, en farfouillant sur NetGalley, je tombe sur la couverture de Les Incasables. C’est le nom de son auteur qui m’a fait tiquer. Rachid Zerrouki… Ce nom ne m’est pas inconnu… Après lecture du résumé et un pédalage rapide de ma petite cervelle, j’ai fini par faire le lien… Mais oui, bien sûr !!! Quelle sotte je faisais, Rachid, c’était le collègue de ma copine J. dont les posts FB me font toujours sourire. J’ai donc sollicité l’éditeur afin de découvrir le quotidien de leur SEGPA (Section d’Enseignement Général et Professionnel Adapté)… Et inutile de te dire que je n’ai pas été déçue.

Quatrième de couverture


De 2016 à 2019, Rachid Zerrouki, connu sous le nom de Rachid l’instit sur Twitter, a été professeur à Marseille en Segpa, une section où se retrouvent les collégiens dont les difficultés scolaires sont trop graves et persistantes pour qu’ils suivent un cursus classique. Bien souvent, lorsqu’on recherche l’origine de ces difficultés, on découvre des drames, de la précarité, des vies marquées par l’adversité.
Enseigner à ces élèves a entraîné Rachid Zerrouki à résoudre de nombreux dilemmes pédagogiques : ils ont les compétences pour lire La Sorcière de la rue Mouffetard et la maturité pour s’intéresser à Orgueil et Préjugés. Alors, que faire ? Insulter leur intelligence ou consumer leur confiance en eux ? En côtoyant au quotidien ces adolescents, Rachid Zerrouki a remis en cause sa formation et ses convictions.
Dans ce livre d’une grande humanité, il dévoile son attachement envers l’école publique et partage tout ce que ces élèves lui ont appris.

Mon avis

Outre le blog, dans la vraie vie, je suis maîtresse, chargée d’une classe en cycle 3. Autant te dire que le montage des dossiers d’orientation vers la SEGPA occupe une bonne partie de mon temps en cette période de l’année. C’est toutefois un univers que je connais mal et dont la simple mention fait trembler mes élèves. « Être un SEGPA », dans le quartier où je travaille c’est une insulte. J’attendais donc beaucoup de cette lecture.

Dans une première partie du livre, Rachid Zerrouki revient sur son parcours. Né au Maroc, il a d’abord connu les écoles marocaines avant d’être admis au lycée français, puis de traverser la Méditerranée et s’installer près de Cavaillon avec sa famille où il termine ses études et devient professeur des écoles. Très vite, comme nous tous, il se heurte à cette terrible différence entre ce qu’il appelle « les éponges et les pépites », ces élèves qui ont tellement soif d’apprendre qu’ils n’auraient même pas besoin de nous, et les autres, ces « incasables », ceux qui n’arrivent pas à entrer dans le moule et pour qui l’école semble être une double peine. À l’issue de son année de stage, il fait donc le choix, de postuler pour enseigner pendant trois ans dans la SEGPA d’un collège marseillais. C’est cette expérience qui a donné naissance à ce livre.

On suit donc son parcours, du premier jour aux au revoir. Au fil des chapitres, les anecdotes du quotidien se succèdent accompagnées de réflexions théoriques sur le rôle et la place de l’école dans notre société, sur l’ascenseur social, qui semble irrémédiablement en panne, sur la question de l’autorité des professeurs, de la place de l’empathie dans notre enseignement, mais aussi sur l’isolement social et culturel des quartiers que l’école essaie tant bien que mal de briser.

Il pointe le doigt sur des blessures personnelles, des insuffisances de notre système social que l’école accueille et essaie d’accompagner afin de garantir à tous une sortie du système éducatif avec un bagage minimal pour envisager une vie d’adulte. Il évoque aussi le découragement de la profession face à des situations qui nous dépassent et des élèves que l’on arrive plus à raccrocher. Mais il partage aussi ses réussites, ces petites lueurs d’espoir, auquel chacun de nous garde précieusement comme autant de petites mains qui nous poussent en avant.

Ce n’est toutefois pas qu’un texte écrit par un enseignant pour les enseignants qui s’intéresseraient à ce qui se passe de l’autre coté de la porte de la classe de SEGPA mais un livre qui devrait interroger ceux qui sont curieux de notre système éducatif, dans ces réussites comme dans ses failles. C’est drôle, souvent. Ça peut secouer dans les préjugés, parfois. L’équilibre entre analyse théorique et vécu est bien dosé. C’est aussi émouvant par moment… J’avoue, j’ai eu l’oeil très très humide en lisant le dernier chapitre.

Une fois attrapé, j’ai dévoré ce livre quasiment en une soirée. Je remercie donc encore NetGalley et les éditions Robert Laffont de m’avoir permis d’effectuer cette plongée dans les profondeurs de la SEGPA.

Et vous, il vous inspire ce livre ?

À bientôt 😉

Loin – Marie Liebart

Aujourd’hui, dans cet article je t’emmène en Guadeloupe découvrir le destin de Gaia Belafon. Je remercie chaleureusement les éditions Poussière de Lune qui m’ont fait confiance et permis de chroniquer cet ouvrage dans le cadre de leurs relations presse.

Tout a commencé cet été quand j’ai découvert ce roman et son autrice, sur Instagram. Si tu suis ce blog depuis quelques temps tu connais mon attrait pour les histoires de voyage, les romans qui t’emmènent vers des contrées lointaines et les histoires de femmes. Ce roman avait donc tous les ingrédients pour me plaire.

Toutefois, pour te parler de ce roman, je vais laisser la parole à celle qui lui a donné naissance. En effet, Marie Liebart a eu la gentillesse d’accepter une interview pour le blog.

Crédit photo – Marie Liebart

Bonjour Marie, et bienvenue sur notre blog. Vous signez aujourd’hui votre troisième roman. Vous êtes arrivée à l’écriture depuis peu, parlez-nous un peu de votre parcours.

Bonjour Céline, merci de votre accueil.

Native de Montpellier, j’ai traversé la plus grande partie de mon enfance dans le pays de Gex, frontalier de la ville suisse de Genève. Mes études de sage-femme m’ont ramenée à ma ville d’origine. J’ai ensuite travaillé quelques années sur la côte d’azur avant de cesser mon activité professionnelle pour me consacrer à mes 2 enfants et à nos chevaux, grande passion familiale.

Je vis actuellement dans la Drôme où la plus grande partie de mon temps est vouée à l’écriture.

Et puis un jour vous avez osé, « affronter le miroir de la page blanche » comme vous le dites, qu’est-ce qui vous a conduite à sauter le pas ?

Le beau langage et l’éloquence ont toujours suscité mon émerveillement, et cela depuis ma petite enfance. J’écrivais à mon grand-père de longues lettres. J’aimais dérouler les phrases sur le papier, elles emportaient mes tumultes, de joie et de peine, c’était un sentiment délicieux. Celui-ci me disait souvent : « Tes lettres sont jolies, tu seras écrivain. » Cette phrase est restée en gestation durant des décennies dans un recoin de ma cervelle et puis un matin, au réveil, j’ai voulu noter un rêve étrange fait au cours de la nuit afin de ne pas l’oublier, et tout a commencé. C’est comme un barrage qui cède, l’écriture depuis est devenue une compagne plus ou moins envahissante selon les périodes.

Crédit photo – Marie Liebart
Loin, comme vos deux précédents livres nous emmène en Guadeloupe. Qu’est-ce qui vous lie à cette terre ?

Il est vrai que je voue un attachement particulier à cette île, elle fait partie de mon histoire. Â l’âge de 15 ans, dans un contexte familial de souffrance, j’ai organisé et réalisé une invraisemblable fugue et une longue cavale qui m’ont amenée jusqu’en Guadeloupe. J’ai eu la grande chance de ne croiser sur ma route que des personnes bienveillantes. Cette île est associée dans mon cœur à la chaleur du réconfort, elle reste pour moi un asile à tout jamais. Mon 2ème ouvrage, Chimen chyen, est d’ailleurs une autofiction largement inspirée de cette expérience.

Loin, s’inspire d’une histoire vraie pour nous raconter le destin de Gaia Belafon, une femme créole, née pendant la guerre et dont la naissance et l’enfance sont marquées par une succession de drames familiaux. Comment avez-vous rencontré celle qui vous a inspirée ?

Il y a de cela quelques années, j’ai vécu plusieurs mois en Guadeloupe. J’y ai fait la connaissance d’une de mes voisines, une charmante et malicieuse septuagénaire avec laquelle j’ai tissé une relation amicale. Au cours de nos échanges, m’est venue l’idée de raconter l’histoire de l’île, de la culture créole par le biais du prisme de la vie de cette femme.

Au fil des pages, on voit une belle relation se nouer entre la narratrice, derrière laquelle on n’a pas de mal à vous retrouver et la vieille dame, qui plonge dans ses souvenirs comme on plongerait dans la mer de Caraïbes. Ce sont par moment des déferlantes qui s’abattent sur le lecteur, comment avez-vous accueillis ces souvenirs parfois très violents ?

En toute honnêteté, je n’ai pas été surprise de cela, je dirais même que je m’y attendais. J’ai l’intime conviction que cette violence est la conséquence inévitable du passé. Les racines, le fondement des peuples créoles reposent sur un terreau de barbarie : l’esclavage. La femme y était le dernier maillon de la chaîne, celui sur lequel le sordide et l’inhumain étaient sans limites. L’incidence des violences envers les femmes est plus élevée dans les DOM qu’en métropole, je ne peux m’empêcher de penser que cet état de fait est la résultante d’un passé d’ignominie. L’onde de choc perpétrée par l’esclavage est comme l’ouragan, elle lève d’énormes lames qui déferlent de génération en génération, il faudra du temps pour atténuer la force et la violence de cette houle dévastatrice.

Gaia, Tantanse, Gwladys, Coralie et la narratrice, les personnages féminins de votre roman se distinguent par leur force de caractère, leur capacité de résilience et leur indépendance vis à vis des hommes. Diriez-vous que Loin est un roman féministe ?

Je ne qualifierais pas ce roman de féministe. Je le ressens plutôt comme une ode, un hommage à la puissance des femmes. Il s’agit là d’un gros plan sur un personnage féminin mais, bien au-delà de ce focus, il est pour moi le symbole universel de la force et du courage des femmes. Être femme n’est pas une revendication, c’est un fait. Vous savez, en créole, on parle de « fanm poto mitan », la femme pilier porteur qui soutient l’édifice. Je crois que tout  est dit dans cette formule.

On retrouve dans votre façon d’aborder les confidences de Gaia la douceur et la bienveillance que l’on connaît bien aux sage-femmes. Comme a réagi votre muse à la découverte de son bébé ?

Quand je lui ai fait part de mon projet, il y a eu chez elle un mélange de grande joie et de réticence. Joie de susciter l’intérêt, d’être au centre et en même temps, peur, peur de se livrer, peur de l’exercice impudique consistant à parler de soi.

Il me semble que ces 2 sentiments la traversent encore aujourd’hui, mais la fierté de porter sur ses épaules la vigueur et la noblesse des femmes créoles écrasent magistralement tous ses doutes et hésitations.

Où peut-on retrouver votre livre ?

Mon roman peut être commandé en ligne sur le site de mon éditeur : Éditions Poussière de Lune, ainsi que dans toutes les librairies et sur la plateforme Amazon.

Pour cette dernière question, carte blanche, que souhaiteriez-vous nous dire sur Loin et que l’on n’aurait pas déjà dit ?

Ce livre est avant tout l’histoire d’une rencontre humaine, le bonheur de découvrir l’autre avec ses différences, son regard sur le monde, son environnement, les tonalités de sa langue, les merveilles de sa cuisine …. Et c’est encore pour moi l’occasion de voyager dans le cœur des femmes qui me touchent et m’émeuvent tant.

Merci Marie d’avoir accepté de nous présenter votre roman et d’avoir répondu à nos questions. On ne peut que vous souhaiter plein de belles choses pour la suite de vos aventures littéraires. On espère vous retrouver bientôt pour découvrir vos nouveaux projets.

En attendant, je vous souhaite un bon samedi. Prenez bien soin de vous et de vos proches.

À bientôt 😉

Le projet Barnabus – The Fan Brothers

La partie collaboration et partenariat du blog s’étoffe chaque jour un plus. Cette semaine, c’est Little Urban, maison d’édition jeunesse, qui nous a témoigné de sa confiance en nous proposant de lire Le projet Barnabus des Fan Brothers. Sorti le 9 octobre, je vous propose donc de découvrir notre avis ce très bel album.

Il était une rencontre

Cet été, j’avais découvert le travail d’illustration des Fan Brothers avec L’épouvantail au coeur de paille, paru aussi chez Little Urban. J’avais trouvé les illustrations très réalistes, pleines de douceur et de poésie. L’histoire de cet épouvantail nous avait beaucoup touchés. Aussi, lorsque l’on a vu dans le catalogue, cette nouvelle création des frères Fan, on l’a très vite mis dans nos chouchous et à peine arrivé à la maison, il a tout de suite eu droit à son moment de gloire le temps d’une lecture du soir.

L’histoire

Dans le sous-sol secret d’un laboratoire de Parfaites Créatures, Barnabus, mi-éléphant, mi-souris, est un projet raté…

Enfermé dans une cloche de verre, il rêve de liberté.

Notre avis

Bon, tu l’auras compris cher lecteur, nous sommes définitivement conquis par le style des Fan Brothers qui ont fait leur entrée dans le cercle de nos illustrateurs chouchous. Il faut dire que Barnabus est vraiment très très mignon avec ses petites oreilles de souris et sa trompe d’éléphant. On l’aurait volontiers adopté avec tous ses petits camarades mis au rebut. Un oeil d’adulte, on retrouvera dans certaines illustrations des clins d’oeil aux Maximonstres de Sendak, au style très réaliste d’Anthony Browne ou encore à Monstres et Compagnie, mais dans cet album, les trois frères, réussissent à merveille à nous emmener avec poésie dans un univers qui ne semble pas vraiment très accueillant de prime abord. Sa lecture va nous permettre d’aborder l’histoire sous de multiples degrés de complexité en fonction de l’âge des enfants.

Bienvenue donc dans le laboratoire secret de la boutiques Parfaites Créatures. Caché, dans le sous-sol, c’est là qu’on y mène des expériences de manipulations génétiques qui conduiront à mettre entre les mains de nos petites têtes blondes les créatures qui seront en vente dans la boutique. Tu sens, ton cœur de maman qui fait des bonds déjà ? Oubliés, dans l’obscurité sur le bord d’une étagère, tout en haut d’une bibliothèque, Barnabus et ses amis sont des prototypes qui n’ont pas trouvé grâce aux yeux des Combinaisons en Caoutchouc Vert. Alors ils attendent, sous leur cloche de verre. Là, tu as bien sûr ton Mini-Schtroumpf qui commence à trembloter de la lèvre inférieure… « Mais ils sont tous seuls Môman ? ». Non, ils ne sont pas vraiment seuls, Pip, le cafard, leur rend visite, et leur raconte avec force détails la vie à l’extérieur de leur cloche de verre. Barnabus rêve de liberté, de découvrir la vraie vie. Et puis un jour, le verdict tombe. Un tampon râté fait son apparition sur leur cloche de verre. Pas assez ceci, trop cela. Ils ne conviendront pas, ils vont être recyclés. Le petit être hybride décide alors de s’enfuir et d’embarquer avec lui ses amis dans sa folle quête vers la liberté.

Au delà de l’illustration, on a beaucoup aimé le message qui se cache derrière le texte, le nom des personnages est aussi assez drôle et je pense que c’est un album que l’on prendra plaisir à relire à la recherche de détails qui nous auraient échappé.

Cet album de 72 pages est annoncé à partir de 4 ans sur le site de l’éditeur. Mais sa richesse et les sujets qu’il traite en arrière plan en font, comme je te le disait plus haut, un merveilleux outil pour aborder des questions presque philosophiques avec des enfants beaucoup plus grands. Qu’est-ce que la perfection ? Qu’est-ce que la liberté ? L’acceptation de soi, le refus de l’étiquette que l’on veut vous coller, le respect de la différence et l’union qui fait la force, l’abandon des animaux, l’exclusion sont des sujets cruciaux sur lesquels cet album permet d’avoir une discussion qui sera sans nul doute pleine de réflexions intéressantes. Alors vaut-il mieux être parfait et enfermé dans une boîte ou râté mais libre ? Vous avez quatre heures ?

En attendant, on te laisse aller découvrir cette petite pépite et on te souhaite un bon week-end.

Ils en parlent aussi : l’heure de lire, LittleMumLittleBoy, Bonheur de maman

À bientôt 😉

Les soeurs Grémillet – Barbucci et Di Gregorio

Badge Lecteur professionnel

Une belle aventure à travers l’histoire familiale

Il était une rencontre

Ces derniers temps, j’ai beaucoup vu passer Les soeurs Grémillet, sur la blogosphère, je crois qu’elle est devenue, une star du rendez-vous hebdomadaire, C’est lundi que lisez-vous ? auquel je participe avec plaisir tous les lundis.

Les critiques étant particulièrement enthousiastes et la couverture enveloppée d’un doux mystère, j’ai eu envie d’aller jeter un oeil de façon plus approfondi sur cet album signé par les italiens Barbucci et Di Gregorio et de découvrir la merveilleuse histoire des soeurs Grémillet. Je remercie les éditions Dupuis et NetGalley de m’avoir permis de découvrir cet album sorti au mois de juin 2020

L’histoire

Plonger dans l’histoire comme dans un rêve… Dans un turquoise lumineux et mélancolique apparaissent pour la première fois les trois soeurs Grémillet, guidées par des méduses qui flottent, jusqu’au grand arbre et son palais de verre. À l’intérieur, une petite méduse lévite au-dessus d’un lit. Sarah, l’aînée, ne s’explique pas ce rêve étrange. Obsédée par ce mystère, elle parviendra à l’élucider avec l’aide de ses deux soeurs. Alessandro Barbucci illumine de son dessin virtuose cette chronique familiale moderne qui, derrière les révélations d’un drame du passé, célèbre l’amour d’une mère pour ses enfants. Dans ce trio féminin, chacune a son caractère attachant : Sarah, l’aînée autoritaire, Cassiopée la cadette artiste, et Lucille la plus petite qui ne parle qu’à son chat. Les belles pierres de la ville, le jardin des plantes, la végétation luxuriante, les petits marchés… le lecteur ne voudra plus quitter cet univers enchanteur créé par Barbucci et Di Gregorio !

Notre avis

Dans la famille Grémillet, je demande, Sarah, l’aîné, Cassiopée la cadette, qui ne pense qu’aux garçons et rêve d’une vie de paillettes et Lucille, la benjamine pour qui mieux vaut être entouré d’animaux que d’humains. Ce premier tome des soeurs Grémillet est donc l’histoire de Sarah, qui fait chaque nuit un rêve étrange. Elle se voit, entrer dans une forêt, et découvrir un arbre gigantesque sur lequel est posé une serre dans laquelle lévite une petite méduse. Ce rêve l’obsède, au point de finir par en parler à sa maman qui fuit la discussion.

Les trois soeurs se mettent alors en quête d’informations sur le passé de leur mère et trouvent dans le grenier une série de photos, dont l’une pique leur curiosité. La fête des mères approchant, elles décident d’utiliser leurs trouvailles pour lui préparer un cadeau spécial et d’enquêter sur le rêve de Sarah…

Une fois lancés, difficile de s’arrêter avant de connaître la fin de cette bouleversante histoire de famille. On se plait à courir dans tous les sens à la recherche des indices sur le passé de la maman et d’en découvrir le fin mot particulièrement bien emmené.

Les illustrations sont très poétiques et bourrées de clins d’oeil qui ont beaucoup fait rire les garçons. Pour ma part, je crois que j’aurais pu faire comme Mary Poppins et sauter dans l’illustration pour aller découvrir le jardin des plantes de Barbucci et Di Gregorio ou aller flâner dans les rue de la jolie ville qui sert de décor aux aventures des frangines tellement je les ai trouvées jolies.

Nous avons beaucoup aimé cette BD qui peut être lue en famille. Les garçons ont apprécié le côté aventures et enquête qui se développe au fil des pages de l’histoire, et se sont reconnus dans les chamailleries fraternelles. Pour ma part, j’ai été vraiment touchée par la façon dont les auteurs traitent du drame familial qui conduit la maman à fuir les questions de ses filles. Les soeurs Grémillet est aussi une belle histoire d’amitié quand on voit la façon dont les amies d’enfance de la mère l’entourent afin de dépasser sa souffrance enfouie depuis des années. Ce n’est pas larmoyant, c’est juste, à la fois sobre et émouvant, traité avec élégance, douceur et la tendresse d’une maman.

Bref, on a hâte de découvrir la suite avec les schtroumpfs et de se plonger dans les amours de Cassiopée.

Et toi ? Tu connais cette BD ? Elle te tente ?

À bientôt ! 😉